Les facéties d'Hippocrate

 

 


Ce texte est une fiction. Toute ressemblance avec des personnages existants ne peut être que fortuite.

 

 

Pour l'intégralité des facéties d'Hippocrate,

début ici en lisant de bas en haut.

 


Jeudi 31 mai 2007

  
 
 
 
 

  
 
 
 
Pennac affirme que "dans un roman, il n'y a rien de plus vulgaire qu'une idée". C'est en cela qu'il s'est toujours distingué des intellectuels et des gardiens du temple. Voici un de ses mots :
 
                                                

anti_bug_fckIl y a pire que l’imprévu, ce sont les certitudes.


Daniel Pennac

 


 
Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Citations du jour
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Dimanche 27 mai 2007
 
  
  
  

 
 
 
 
  
Après Pierre-Gilles de Gennes, un aspect moins reluisant de la recherche française :

  
 
 
Mon malade suivant est un chercheur du CNRS. Une grosse tête un peu chauve … Des épaules grassouillettes.
Il sort du boulot généralement vers 15 heures … Parce qu’il ne faut pas exagérer non plus ! Aujourd’hui, il s’est tiré à midi … Il va chez le docteur.
Il est inquiet, le scientifique ! Une douleur pernicieuse lui mine la poitrine ! Le généraliste lui a déjà écouté le cœur … fait un électrocardiogramme … Il l’a finalement rassuré … Un peu de stress … Rien de plus !
Mais il redoute encore l’infarctus, le matou … Avec tout le travail qu’il fournit ! Au moins quatre heures par jour !
- Vous ne vous rendez pas compte, me dit-il. On est en pleine restructuration. Je vais peut-être être obligé de changer de service !
J’ironise :
- C'est vrai que c’est dur.
La précarité, c’est parfois insupportable ! Plus rien ne protège des aléas ! … Il bosse un peu toutefois, celui-là … A côté de mon pote Bertrand, il aurait presque une tête de courageux.
Je l’examine … L’ausculte … Le palpe … Il n’a effectivement rien de grave … De simples douleurs de paroi sur le thorax … Je le rassure … Son heure n’est pas encore venue !
« Ouf ! » commente-t-il. Il avait peur de claquer bêtement … Si près de la retraite à 55 ans … Après des années passées au service de la science.
C’est vrai que ça épuise, la recherche … Ça éreinte ! Ça esquinte ! Surtout quand on ne découvre rien …
 
 
 
 
 
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Samedi 26 mai 2007

 
Prix Nobel de physique en 1991, Pierre-Gilles de Gennes était un chercheur français hors normes, un curieux infatiguable. Il a plaidé tout au long de sa carrière pour une réforme en profondeur de l'enseignement. Il expliquait qu'un "élément important de la formation à 15 ans consiste à travailler dans un garage pour y apprendre de la mécanique mais aussi les rapports humains". Aux enseignants, "très mal informés de la vie moderne", il conseillait de passer six mois ou un an en entreprise.

 
 
C'est l'inconnu qui m'attire. Quand je vois un écheveau bien enchevêtré, je me dis qu'il serait bien de trouver un fil conducteur.

Pierre-Gilles de Gennes
 
 
 

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Mercredi 23 mai 2007

 
 
 
 


 


 
 
 
 
Je me suis exprimé de nombreuses fois au travers des facéties sur les perversions du système social français et son coût exhorbitant pour l'économie, la croissance et l'emploi. Martin Hirsch a dit récemment son désaccord concernant la franchise sur les soins. J'avoue être partiellement de son avis. Tout d'abord parce qu'il y a un effet de seuil et qu'une fois la franchise dépassée, l'assuré peut à nouveau dépenser sans compter. Ensuite parce que les plus pauvres risquent de renoncer aux soins pour toute l'année en cours. Je reste persuadé que le système du montant de un euro par consultation non remboursable par les mutuelles créé par Xavier Bertrand sous Chirac est un bon dispositif, mais qu'il doit être corrigé. Premier défaut, son montant n'est-il pas trop faible pour les gens aisés ? Rien n'empêche en effet les assurés qui payent très cher une bonne mutuelle, d'avoir la tentation de la rentabiliser par une utilisation débridée du système de santé en ne dépensant que quelques euros. Deuxième anomalie, les bénéficiaires de la CMU ne sont pas soumis à ce montant non remboursable de un euro. Cette gratuité associée au tiers payant n'a-t-elle aussi pour effet la multiplication des consultations et des examens inutiles ? Le ticket modérateur non remboursable modulé en fonction des revenus, avec une somme plancher pour les plus démunis, ne doit-il pas être étendu à l'ensemble de la population ? Ne faut-il pas que chacun paye un peu pour sa santé ? Rendons les achats en grandes surfaces totalement gratuits, en tiers payant de surcroît, et nous verrons le gaspillage ... Sœur Emmanuelle, elle-même, avait imposé en Egypte que chaque personne bénéficiant des soins apporte au moins un petit quelque chose pour les justifier ...

 


 
Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : La question du jour
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Lundi 21 mai 2007
 
 
 

 
 
 
 
 
Un ancien épisode des facéties pour mes amis de l'éducation nationale.
 
 
L'enseignement.
 
 
- Bonjour !
Je serre la main. C’est important le contact.
Je fais d’emblée un grand sourire. Je tente un petit mot de plaisanterie. Ça détend l’atmosphère et évite un peu des jérémiades. Moins je suis sympathique, plus le malade se plaint. Normal, la souffrance, c’est subjectif. On peut avoir très mal sans souffrir et souffrir pour une bricole. C’est juste une question de vécu. L’angoisse décuple la douleur. Un rien fait tout capoter … Donc je souris.
Une nouvelle malade ! C’est toujours flatteur. C’est plus dur toutefois. Parce qu’il va falloir que je subisse le flot des premières doléances … celui d’une première rencontre … celui d’une plainte trop longtemps retenue. Je suis sensé libérer par l’écoute … Ecouter pour écouter.
Je ne me suis pas trompé … Une enseignante genre baba sur le retour … Un déluge de parole … Ça commence mal !
J’ai droit à tout ! Les profs, ils sont bons pour ça … Ils t’expliquent et ils répètent … Pour le cas où tu n’aurais pas vraiment tout pigé …
Je tente de stopper ma patiente en pleine diatribe … Ne pas me laisser déborder ! J’ai ma technique : je lui coupe la chique au détour d’une phrase par une question ! Une petite précision qui va la conforter dans l’idée que le moindre détail m’intéresse … et qu’elle m’a déjà tout dit de l’essentiel … Elle ralentit alors son raz-de-marée, pour préciser sa réponse … Un mot qui tombe … une pause … et j’ordonne : « Déshabillez-vous ! » C’est net, c’est sans appel ! il n’y a plus qu’à obéir.
Non ! Elle redémarre ! Elle veut m’en raconter ! Se trouver d’autres maux ! Partout ! Comment ça partout ? … Il doit pourtant bien y avoir un endroit indolore dans le corps de cette femme qui a la lourde tâche d’éduquer nos enfants. J’exige à nouveau :
« Déshabillez-vous ! »
La prof s’exécute. Un effeuillage triste comme les platanes d’un lycée au plein milieu de l’automne. Son corps est fadasse, molasse … Pas étonnant qu’elle ait mal partout avec une enveloppe pareille. L’âme blessée s’exprime par les viscères, la peau, les articulations, la libido.
Je me penche sur cet étalage déprimant. La tête de la fille exprime une inquiétude invraisemblable, illogique. J’ai compris d’emblée qu’elle n’avait pas grand-chose … si ce n’est du bleu au cœur.
Sa mutuelle, c’est la MGEN : la prise en charge complète des enseignants ! Indispensable ! Ils n’ont jamais quitté l’école ! N’ont jamais osé affronter la vie ! Claquemurés loin de la souillarde !
Comme ils sont déçus ! Les vicissitudes de l’extérieur pénètrent l’école désormais ! Ils en sont déboussolés ! Ce n’était pas prévu au programme, les morveux qui crachent, les trousse-pet qui dénigrent, les ados qui insultent et la racaille qui cogne …
Je ne suis jamais d’accord pour dire que les profs ne foutent rien. Civiliser ses propres enfants, c’est déjà dur. Se farcir une trentaine de ceux des autres, c’est la descente en enfer. Ils en bavent ! Se tapent la jeunesse ! Cette force en ébullition prête à tout casser, à tout renverser, à occire la génération de vieux cons qui l’a précédée. Les enseignants doivent se défendre en permanence, contre le bruit omniprésent, contre l’agitation sauvage, contre l’insolence d’une vie qui débute.
On comprend mieux pourquoi leur corps de prof se lézarde. Le mercredi, ils forment une cohorte de souffrance dans ma salle d’attente. Les yeux battus, les pieds tristes. Ils désignent leurs épaules, leur dos, leur tête … misérables.
Elle n’a pas fait grève ce matin. Malgré les consignes du SNES. Après avoir foiré l’éducation des mômes, elle ne veut pas avoir l’air de les laisser tomber. Alors, elle n’a pas eu d’autres solutions que de se faire porter pâle. Mais elle a gardé la tête haute ! La maladie, ce n’est pas honteux pour un pédagogue … C’est une marque de bravoure, une décoration ! Les gosses sont tellement difficiles …
 
 

 

Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate
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Jeudi 17 mai 2007

 

 
 

 

 
 

Philippe Sollers cuisine les lettres avec un certain art en épiçant les mots. Mais qu'on le lise ou qu'on l'écoute, il touille une soupe bien indigeste. Maoïste en soixante huit, opportuniste aujourd'hui, que dire de sa littérature ? Une bêtise joliment faite par un type qui fait référence à Nietzsche et à Spinoza tout en encensant l'affameur du Grand Bond ...
 
 

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Dimanche 13 mai 2007

 

 

 

 

 

Jean Cocteau disait : "la mode, c'est ce qui se démode", Cette inconstance esthétique du paraitre est pour le moins étonnante. Ce que nous trouvons beau aujourd'hui était épouvantablement disgracieux hier. Oscar Wilde, encore plus sévère, affirmait : "la mode est une forme de laideur si intolérable qu'il faut en changer tous les six mois". Faut-il en conclure qu'il n'y a pas de véritable subjectivité esthétique et que la beauté n'est lié ni aux goûts singuliers, ni aux époques ? Probablement. Je crois pour ma part que seuls existent le bon et le mauvais goût. Pour citer la créatrice d'un parfum dont le succès ne s'est pas démenti depuis 1922 :

 

La mode se démode, le style jamais.

Coco Chanel.

  

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Vendredi 11 mai 2007

 

 

 

 

 

 

Alexis de Tocqueville disait que les français voulaient l'égalité, et quand ils ne la trouvaient pas dans la liberté, ils la souhaitaient dans l'esclavage. Il ne parlait évidemment pas de l'asservissement dont nous commémorions hier l'abolition, bien que cet aristocrate normand, neveu de Chateaubriand, ait lutté avec force pour l'abolition de l'esclavage. Il signifiait tout simplement que démocratie et socialisme n'ont rien en commun, sauf un mot, l'égalité. Mais avec une différence de taille : pendant que le démocrate découvre l'égalité dans la liberté, le socialiste la cherche dans la restriction et la servitude. Certains trouveraient avantage à le lire. La recherche de cette liberté n'est-elle pas le pivot de la refondation du parti socialiste et de son évolution vers un mouvement social démocrate ?

 

 

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Jeudi 10 mai 2007

 

 

 

 

 

 

L'épouvantail de la pensée unique a fait fuir tout pragmatisme politique pendant 25 ans. Cette tyrannie de l'esprit est en passe de disparaitre et la lamentable carmagnole de ses derniers geôliers n'y pourra rien. Voici les mots d'un auteur anglais, passionné de la première génération romantique :

 

Les hommes sont libres dans la mesure où ils forgent eux-mêmes leurs propres opinions.

Samuel Taylor Coleridge

 

 

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Mardi 24 avril 2007

 

 

 

 

 

 

 

Quittons un instant les mots convenus de la campagne électorale et analysons. Qu’a donc fait le nain de la place Beauvau pour susciter autant de passion chez ses partisans et attiser autant de haine au sein de ses détracteurs ? Ce rejeton d’un ancien aristocrate magyar dépecé par les barbares du communisme représente-t-il cette vieille noblesse que nous avons décapitée en 1789 sur des idées qui avaient au fond outrepassé celles des lumières ? Ce fils d’une juive dont la famille a échappé à la Shoa nous rappelle-t-il ou absout-il nos errances collaborationnistes passées ? Cet émigré infortuné venu de l’est, au nez de limier et à la pugnacité de lion, est-il le messie d’un nouveau rêve de réussite ? Je ne saurais le dire. Mais le gnome de Neuilly est assurément parvenu à ébranler une société française tombée en léthargie après avoir levé les barricades de 68. Il a réalisé la prouesse de faire chanceler nos intellectuels, longtemps abêtis par une pensée trotskiste qui, depuis Bakounine, pisse sur l’argent et le travail tout en se gargarisant des commandements outrés d’un christianisme moribond. Le diable hongrois a su administrer ce choc électroconvulsif salutaire à une population profondément atteinte d'une névrose de commisération, en n’hésitant pas à brandir le Karcher en direction des voyous qui épuisent les habitants de nos banlieues. Ce trublion de la politique nous a également réconciliés avec l’action en montrant une ardeur quasi-épileptique depuis cinq ans. Enfin, et c'est peut-être l'essentiel, ce séditieux a pulvérisé les dogmes sacrés qui pèsent sur nos âmes depuis Giscard, en utilisant sans détour les mots les plus crus.
Je l’avoue, c’est avec un furieux plaisir de transgression que j’ai enfoncé mon bulletin dans l’urne. Je le reconnais, j’ai ressenti par ce petit geste la jouissance de faire exploser cette censure sournoise que Mitterrand avait crapuleusement imposé à Chirac pour le transformer en koala de la politique.
Je l’ai déjà dit, je suis client de Sarkozy, et au delà de toute polémique, j’ai enfin la certitude que pour une fois, pendant cinq ans, on va cesser de s’ennuyer …

 
 

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Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : La question du jour
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