Les facéties d'Hippocrate

 

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Le recueil des facéties d’Hippocrate est publié dans son intégralité aux éditions Jacques FLAMENT



Mardi 31 mai 2 31 /05 /Mai 07:56
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LES JEUX DU CIRQUE

 

                  Dans la salle d’attente, on fait un boucan du diable. On chante à tue-tête. On piétine !

            Au milieu : une gamine ! Elle danse en plus ! La mère la retient à peine, bouffie d’orgueil. Qu’est-ce qu’elle chante faux, la môme !

            Les oreilles du type à coté défaillent. Ses yeux papillonnent. On ne s’entend plus !

            Je fais cesser le concert :

            — Allez ! On arrête les vocalises !

            J’escorte la Callas vers mon bureau.

            — Elle prépare X Factor ! m’annonce la mère.

            Elle s’enquiert :

            — Elle a du talent, hein !

            — … Mouais… Qu’est-ce qu’il lui arrive ?

            — Une chute sur le genou droit. Une mauvaise réception. C’est son prof de choré, il les pousse à fond !

            — Hum ! On va la mettre au repos, notre artiste. Il faudrait pas ruiner sa carrière !

            — Impossible ! Le casting est dans trois jours !

            — Elle se présentera l’année prochaine. Je dois mettre une attelle…

            — Noooon ! hurlent-elles en chœur.

            Bordel ! Elles en rêvent, de descendre dans l’arène télévisuelle ! Ça ressemble bougrement aux jeux du cirque cette réalité de la télé ! La Rome antique sur le plasma ! On amuse le peuple décadent ! Avec des combats !

            Elle est résolue, ma gladiatrice. Elle veut en découdre ! Plaire aux spectateurs et à César … Ou mourir sur scène ! Ce n’est plus avec le pouce qu’on sanctionne, mais avec le clavier du mobile ! On ne meurt pas vraiment non plus, on est viré ! Le ridicule ne tue pas au Colisée de la télé…

            Morituri te salutant…

            Elle s’acharne, la matrone :

            — Montre au docteur, comme tu chantes bien !

            Putain ! Impossible de bosser ! La fille se met à beugler « Écris l’histoire » en agitant son genou dans tous les sens… La mère m’explique que c’est un couplet chanté par l’un des anciens gagnants de la Starac. Un gamin qui luttait contre la maladie ! Les poumons ! Un rétiaire de la vie ! Moi, je n’écoute pas les paroles. Elle est déjà écrite, son histoire… Elle se répète tout simplement ! Deux millénaires plus tard ! En espérant qu’elle ne se terminera pas comme la précédente ! Obscurantisme et barbarie…

            À défaut de faire taire la petite, j’immobilise l’articulation. Pour elle, les entrechats, c’est foutu. Le public attendra ! Sans grand regret…


Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate - Communauté : BLOGS, en parler ...
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Mercredi 13 avril 3 13 /04 /Avr 23:30

 

Jacques Flament

 

Les facéties d’Hippocrate sommeillaient dans les limbes de la blogosphère depuis plusieurs années. Jacques FLAMENT, éditeur, est venu les arracher à leur torpeur. Il m’a demandé d’en faire un recueil bien vivant, réactualisé et enrichi de nouvelles chroniques. J’ai accepté ce défi avec plaisir et le remercie aujourd’hui de sa confiance. Le bébé est bien né, désormais disponible en ligne aux éditions Jacques FLAMENT.


Jean Christophe Bataille

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Dimanche 22 juillet 7 22 /07 /Juil 18:57

 

 

 

 

 





 L'ADOLESCENCE

           

Ils sont deux, les suivants : la mère et le fils. L’une cultive le look bourgeois avec collier de perle, foulard Hermès et tailleur gris, et l’autre fait tout pour la faire chier : il porte un jean large, sans forme, qui descend bien au-dessous du slip, un tee-shirt crado noir sur lequel est inscrit « Fuck you » en lettres gothiques. Ses cheveux orange sont hirsutes. Ils se dressent sur sa tête d’adolescent en crise. Un tatouage orne son épaule. Des piercings mutilent sa lèvre, son nez, ses oreilles. Elle ne sait plus que faire, la rombière. Son rejeton ressemble à un épouvantail en rouge et noir ! Mais il ne fait pas peur qu’aux moineaux ! Les voisins se sont déjà plaints. Ils ont appelé les flics, imaginé un rôdeur, reniflé un dealer. Et ils ne se sont pas trop trompés ! Il fume du shit toute la journée, le dégénéré… Et il s’embrume le cerveau jusqu’à perdre toute lucidité.

            — C’est l’argent de poche, me dit-elle. Il en a trop ! Il en profite pour acheter des saletés !

            Elle aimerait le cacher, son mouflet. Un an ou deux ! Pas plus ! Le temps qu’il retrouve ses esprits, qu’il récupère une apparence normale. Le problème, c’est qu’elle ne peut plus le dissimuler. Elle est obligée de le montrer au docteur : il tousse comme un poitrinaire.

            Elle a pensé que je saurais comprendre ! Bien-sûr!

            Je pose mon stéthoscope sur le thorax de la tête à claque:

            — Inspire !

            — Heu...

            — Par la bouche !

            — Heu…

            — Ca fait longtemps que tu tousses ?

            — Heu...

            La mère intervient.

            — Je crois qu’il a pris froid…

            Elle n’est pas certaine… Il fume tellement de choses… Et en plus, il ment comme il respire.

            Il l’observe de biais, méfiant, vindicatif... Et elle le regarde avec une tendresse incompréhensible…

            Je renonce à sortir le môme de sa crise de mutisme et me prononce :

            — C’est une grosse bronchite.

            Je palpe un peu son ventre, recherche des ganglions. Il s’énerve, me repousse, me défie ! Une vraie teigne ! Je lui prescris des antibiotiques tout en précisant :

            — C'est pas des bonbons !

            On ne sait jamais ! Il a l’air d’aimer aussi les comprimés, l’héritier…

            La mère se tourne vers son descendant :

            — Ça va aller mon chéri ?

            L’autre manque s’étouffer… L’appeler mon chéri ! Comme ça ! En public !

            Qu’est-ce qu’elle peut en attendre de son morveux ?

            Un type m’a dit un jour : si vos enfants font pour leurs gosses autant que ce que vous avez fait pour eux, c’est déjà bien.

Avec l’affreux que j’ai en face de moi, c’est pas gagné…

Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate
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Mardi 17 juillet 2 17 /07 /Juil 11:11

 
 
 
 

 
 
 
 

LA PHOBIE

 

Je le reconnais, le premier malade ! Un des chefs de mon ex-femme ! Elle est ingénieur, mon ancienne moitié. Et le cadre sup qui la chapeautait au début de sa carrière, est là, devant moi. Un visage calme et serein, les cheveux coupés en brosse. On se serre la main chaleureusement. Il est venu manger à la maison, un soir. Un homme agréable, intelligent. On se tutoie.

            — Qu'est-ce qui t’arrive ?

            — Je ne sais pas. Une sensation bizarre le long de la cuisse gauche. Comme si je ne sentais plus rien.

            Ça fait tilt de suite ! Une méralgie paresthésique. Je regarde la colonne lombaire, palpe la fosse iliaque. Le verdict est sans appel : c’est bien une compression du nerf cutané latéral. Ça se passe à la partie inférieure gauche de son abdomen. J’ai déjà traité ça…

            Mon fringuant malade s’inquiète un peu. Je lui explique : il faut impérativement libérer ce nerf par une injection dans le ventre, à la limite de l’aile iliaque gauche. Ça ne le rassure pas du tout ! Il pâlit ! Il blêmit! Se décompose même ! Un phobique ! Une peur bleue des injections ! Le genre de type qui boycotte les vaccins ! Qui fuit en courant devant une infirmière ! Il me regarde, l’œil effrayé, sans rien oser me dire. Sauver la face à tout prix ! Son honneur est en jeu. Surtout pas que ça se sache au boulot ! On rirait de lui !

            Pourtant, jamais je ne dirai quoi que ce soit sur un malade en mentionnant son nom ! Mais il doute…

            Je fais mon travail comme si de rien n’était. Je rejoins ma table de préparation, saisit une seringue, et monte une aiguille de 11 cm. Il faut bien ça ! Je suis obligé de le lui avouer : le nerf est difficile à atteindre. Je l’observe du coin de l’œil… Entre la fierté et la frousse, va-t-il choisir ? Il décide de suer à grosses gouttes !

            Une rapide désinfection à l’eau iodée et je présente le pieu devant son abdomen.

            Je préviens :

            — Ça va faire un peu mal !

            En général quand ça va faire un peu mal, le médecin dit : « Vous n’allez rien sentir » ! Une sorte de négociation sur la douleur. Avec ce que je viens de dire, mon malade se met à redouter quelque chose d’insupportable. Je m’en rends compte : le drap de papier sur lequel il est allongé est totalement trempé. Alors j’estoque ! J’enfonce… J’explore... Le malade fixe ses yeux au plafond, tel le Christ sur sa croix ! Il sert les dents… Son regard s’éparpille… J’injecte… Il tient bon… Héroïque !

            Je retire l’aiguille comme un torero qui vient de porter l’estocade.

            Mon bonhomme respire enfin. J’applique une compresse imbibée. Son visage rassérène et se met à sourire béatement. C’est toujours un plaisir intense que de vaincre sa trouille. Il prend même un air nonchalant, mon cadre sup.

            « Bravo ! »

            Je le pense sincèrement. Je lui adresse un regard pour le lui dire. C’est pas facile de surmonter sa panique. Il acquiesce des yeux. Il sait que je sais. Mais rien n’a été dévoilé, ni avoué. L’honneur est sauf ! Fort de sa démonstration de courage, il va pouvoir continuer à tyranniser au boulot ! Dominer ses sujets ! Accabler ses subordonnés !

            Il se rhabille. Je le raccompagne à l’accueil. Mais, avant de le quitter, je précise :

            — La semaine prochaine, je te fais la deuxième ! Il faut en faire trois en tout pour que ce soit efficace ! Stéphanie, vous donnez un rendez-vous à monsieur. Lundi prochain !

            Je sais que ce n’est pas bien, mais je ris sous cape.

Perversion du métier…

 
Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate
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Mardi 10 juillet 2 10 /07 /Juil 14:42

 
 
 
 

 

 
 

LA VIEILLESSE

 

         Aïe ! Je l’ai reconnue, la mamie ! Malgré toute ma compassion, je ne sais pas si je vais supporter. Les ambulanciers l’ont déposée à la hâte, comme on largue un colis. Je lui hurle dans l’oreille :

            — Bonjour !

            Elle est sourde comme un pot.

            — Hein !... Oui !... Bonjour, répond-elle, l'air dans le vague, la voix en friche.

            Ses yeux s’égarent dans la salle d’attente, me cherchent… Elle ne localise plus les gens à l’oreille, bonne maman. Il faut qu’elle aperçoive ! Et ça prend du temps ! Parce qu’avec ses grosses lunettes à doubles foyers, elle voit pas bézef.

            Je l’encourage d’un ton enjoué, pour la motiver:

            — Allez ! Je vous emmène !

            C’est pas pour ça qu’elle se met à bouger ! Elle reste même collée à son siège, mémé ! Elle ne m’entend déjà plus ! Je commence à craindre qu’elle s’endorme !

            Je la prends par l’épaule, l’agite un peu… Pas trop ! Je n’aimerais pas qu’elle me fasse un accident cérébral ! Qu’on dise que je l’ai un peu trop secouée ! Je m’égosille :

            — On y va !

            Je la soulève un peu, en agrippant son bras… On se dirige vers mon bureau, elle en boitant, moi en ahanant.

            À peine assise, c’est un tsunami de paroles ! À haute voix ! Une litanie sans queue ni tête ! Normal, elle ne s’entend pas. Elle me fixe de ses yeux impotents, pour vérifier que mon regard se tourne bien vers elle, que je l’écoute attentivement ! Elle est plutôt émouvante… Je m’époumone :

            — Vous avez mis votre appareil ?

            On doit m’entendre de la rue.

            — Comment ? Ah oui ! Je l'ai ! constate-t-elle.

            Elle poursuit sa logorrhée, m’énonce la liste de ses doléances, fustige la vie, espère la mort.

            Elle interrompt son radotage au bout d’un quart d’heure… Seule ! Moi, je n’y suis pas arrivé. Elle prend un air attentif, et elle me demande d’une voix forte et chevrotante :

            — Il faut que je me déshabille ?

            Je braille :

            — Oui !

            Elle tente de s’extraire du siège… Je cours l’aider car elle n’y parvient pas. Parce qu’elle pèse tout de même un certain poids.  Normal, elle ne peut même pas regarder la télé ! Ou alors sans le son et sans les images ! Alors elle mange toute la journée !

            Un strip-tease pareil, ça vaut le coup ! Elle fait durer le plaisir, la grand-mère ! Elle se déloque comme au Lido ! Deux bonnes heures ! La danse et le string en moins.

            — J'enlève les bas aussi ?

            Je hurle :

            — Non ! Pas la peine !

            Elle met des porte-jarretelles ! Sous la combinaison, comme autrefois. Les collants, elle n’aime pas. Trop pratique !

            Les anciens, c’est terrible, parce que comme il leur reste peu de temps à vivre, tu te demandes toujours si ça vaut le coup de s’acharner. Les soulager, oui ! C’est humain ! Mais préparer leur santé pour un avenir que tu n’imagines pas rose, souvent, tu t’interroges !

Je l’examine comme obligé. Je palpe les blessures de son corps … Il est à bout de souffle ! Je mobilise pour soulager, je tâte pour apaiser, je touche pour rassurer. Mais je ne peux pas grand-chose… Même pas promettre ! Ce serait mentir …

 
 
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Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate
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Jeudi 5 juillet 4 05 /07 /Juil 09:38

 

 

 
 
      

LE CUL

 

            Un nouveau coup d’œil à la salle d’attente : la soubrette ! Un vrai moment de détente ! Elle travaille dans l’hôtel d’à côté. Je l’ai vue plusieurs fois pour des douleurs lombaires. Il faut dire qu’elle marne toute la journée. Elle se penche sans se soucier de ses vertèbres en pliant les couettes. Elle en profite pour exhiber son joli cul ! Pourtant, quand elle intervient, le client est déjà parti ! C’est dommage ! Il ne sait pas ce qu’il rate, le client ! Moi, je le sais parce qu’elle est sacrément bien roulée. Ce qu’elle aime, c’est se montrer en string. Ça a l’air de l’amuser de mettre les mâles en émoi. Plusieurs fois déjà, elle m’a balancé une œillade coquine alors que je l’examinais. Son petit minois est agréable et moi je n’ai rien contre les amours ancillaires. Pourtant, je me méfie toujours... La consultation est un colloque singulier, sans témoin, secret. Je n’aime pas mélanger le cul avec mon métier. D’abord on peut se tromper. Confondre désir et complicité, amour et reconnaissance. Ensuite, il y a le lieu… même si c’est un fantasme pour certains, ce n’est pas le bon endroit.

            Pourtant ma camérière se fait frôleuse quand je viens la chercher. Elle est venue avec son mari.

            — Non tu ne viens pas ! Je préfère être seul avec le docteur…

            Le bourriquet s’exécute, résigné. Elle me suit, pénètre dans mon bureau et se déloque immédiatement, comme s’il n’y avait pas de temps à perdre !

            Je questionne pour calmer le jeu :

            — Que vous arrive-t-il ?

            Elle me laisse entendre qu’elle souffre… un peu… pas trop… Tout en dévoilant la ficelle qui lui sert de culotte.

            — Tournez-vous.

            Qu’ai-je dit ! Je suis assis sur mon tabouret et la chambrière vient coller la raie de ses fesses contre mon futal. Je halète un peu, palpite, tente de reprendre mes esprits ! Ma main se pose sur son épaule gauche et engage un mouvement de rotation qui découvre son torse. Je scrute le rachis… Mais je ne vois que sa poitrine, ferme, opulente, désirable. Elle en profite pour me fouetter le visage avec ses longs cheveux bruns. Une invitation ! Elle se marre. Je tente de garder mon calme. La fille se penche en avant, sous mon ordre. J’examine sa colonne vertébrale, objet de la consultation. J’évite de mater ses fesses… Je pense au mari qui poireaute comme un con dans la salle d’attente. Elle se fait plus pressante ! Me ventouse ! Me quête ! Je la repousse ! J’évite. Un rancard à l’extérieur peut-être ! Mais au cabinet, c’est trop périlleux. J’écourte. Le mari doit trouver le temps long… Pas du tout ! Elle me rassure. Ce soir, elle va tout lui raconter dans le détail ! Ça l’excite, son homme, qu’elle me cherche. Ils vont se faire une soirée ! Une sorte de partouze en différé ! Décidément, je ne comprends rien. Lui, c’est la jalousie qui le fait triquer.

            Je la laisse aller, seule, rejoindre son mec. Drôle de couple…

 
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Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate
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Lundi 25 juin 1 25 /06 /Juin 11:18


 

 
 

 

LE CLERGÉ

 

  

        

Une soutane ! Un grand costaud au nez busqué et au menton volontaire. La paroisse d’à côté… Malgré l’arrivée de Ratzinger, il y a encore quelques cathos ! On s’en sert cinq. Lui, c’est quatre, l’annulaire est replié. Je l’ai déjà vu en consultation et il me fait le coup à chaque fois. Un signe de reconnaissance peut-être ? Un grade dans une confrérie ? Il dit qu’il en est et combien il est puissant ! Il y a tellement de groupes souterrains qui se malaxent bizarrement les mains que je m’y perds. Mais je respecte ! Chacun son identité, affichée ou non.

            Personnellement, je n’ai pas cette propension à socialiser à outrance, que soit à découvert ou en secret. J’ai toujours été solitaire et frondeur. Un chien royal comme Aristippe, le disciple dissident de Socrate. Je ne fais pas partie des gens bien-pensants. Le conformisme est pour moi une tartuferie. Je préfère être un voyou de la pensée. Mon prêtre-patient ne me donnera pas l’absolution…

            C’est une visite de routine : cholestérol, glycémie, ionogramme, acide urique… Tout est normal !

            Mais mon curé a d’autres préoccupations ! Il m’explique qu’il n’a toujours pas digéré l’affront de Raffarin ! Effacer du calendrier un jour saint ! Il n’aura pas droit au paradis, l’ancien Premier ministre ! Dieu le bannira pour cette vilenie !

            Pourtant Raffarin, avec son dos courbé, son nez qui lui permet de fumer sous la douche, je lui trouvais un air de parenté avec Mazarin qui fut lui aussi Premier ministre en son temps. Leur obstination, leur résistance à toutes les cabales les rapprochaient. Le soutien sans faille de la régente Anne d’Autriche n’était pas loin de la fidélité qu’avait manifestée Chirac à l’époque pour son protégé.

            Il ne devrait pas s’inquiéter aujourd’hui, mon  prêtre : plus personne ne bosse le lundi de Pentecôte !

            Je lui demande se déshabiller… C’est toujours surprenant de voir ce qu’il y a sous une soutane. Un corps normal, rien de plus ! L’uniforme déshumanise, dépersonnalise.

            Allongé comme ça, sans son habit, on ne sait pas ce qu’il est… Tout devient futile quand on est malade et à poil. Je ne vois qu’une chose : il a les genoux complètement bouffés, à force de s’agenouiller devant son autel…

Je me suis toujours dit : « Ni Dieu ni maître !» Et mes rotules sont impeccables…

Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate
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Lundi 18 juin 1 18 /06 /Juin 13:00

 
 
 

 http://molex.unblog.fr/files/2009/06/800pxministredesfinancesdebercy.jpg

 

 

LES IMPÔTS

 

    Je fais apparaître la fiche de ma malade sur l’écran… Profession : fonctionnaire.

            Elle est petite, un embonpoint musclé, les cheveux courts, avec une frange. Je me marre intérieurement… Neuf chances sur dix pour qu’elle bosse chez les poulets, ou au fisc ! Les métiers les plus mal compris. Les mal-aimés ! En général, ils se planquent comme ça : fonctionnaire…

            Pourtant moi, je n’ai rien contre les flics. Leur travail est déjà suffisamment ingrat.

            Finalement, elle œuvre dans la collecte, ma malade. Elle est venue de Clermont-Ferrand, sa ville natale. Depuis, elle traque le fraudeur, scrute les comptes, soupèse les patrimoines. Elle n’a pas honte ! Mais elle a peur d’être mal soignée ! Elle redoute de payer pour la torture qu’elle inflige au contribuable !

            Je la rassure par un sourire. L’impôt ne m’irrite pas. Ce sont les élus qui m’agacent. Heureusement, depuis quelques années, ils payent enfin leur dîme ! Histoire de dilapider notre écot avec un peu moins de négligence.

            Elle souffre d’une fracture de côte. Un redevable irascible ! Il déclarait une bricole pour l’année ! Et il vivait comme un pacha ! Alors elle a guetté ses poubelles ! Écouté les calomnies ! Computé ses clients ! Tanné ses fournisseurs ! Épluché ses écritures !

            Bingo ! Il déclarait une aumône ! Alors qu’il était pété de tunes ! Un vrai biseauteur ! Un pipeur ! Le roi de la comédie !

            Malheureusement, c’était un sanguin, le contrôlé ! Un atrabilaire ! Il a vu rouge, lui a mis une rouste, une vraie branlée ! Et depuis les flics l’ont collé en cage. Mais du coup, elle a du mal à respirer, ma mercenaire de la maltôte ! Elle hoquette ! Il a eu l’avoine percutante, le fraudeur…

Je tente un coup de stéthoscope sur le poitrail… Le soufflet droit est atteint : un pneumothorax ! Elle manque d’air, la ponctionnaire ! Il faut dire qu’elle n’en avait pas laissé beaucoup à son loustic. Alors, il a décidé de lui rendre son compte. Et pour une fois, il a été généreux avec le fisc…

  
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Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate
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Samedi 9 juin 6 09 /06 /Juin 12:29

 
 

 
 

 
  
 
  
 
A observer les coups de menton puis les ronds de jambes de Georges W Bush et de Vladimir Poutine, j'ai envie croire aux mots d'Alain dans Propos : "Le courage nourrit les guerres, mais c'est la peur qui les fait naître". Si on estime que les deux protagonistes de cette pantalonnade nucléaire nourrissent une même crainte pour la sécurité de leur pays, qu'en est-il de Mahmoud Ahmadinejad ? Quel dessein anime sa volonté de doter l'Iran de la technologie nucléaire ?
 
C'est la question du jour.
 
 

Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : La question du jour
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Jeudi 7 juin 4 07 /06 /Juin 09:06

 
 
 

 

 

 
  

TUTELLE ET CURATELLE

 

            Ma malade suivante semble complètement désorientée. Elle se dirige vers le placard à balais, et ignore la porte de mon bureau. Sa belle-fille m’affranchit à bout portant : Alzheimer ! La mamie s’oublie au lit ! La maison remugle ! On suppute une infection !

            Examiner grand-mère, c’est compliqué. Elle est incapable de se dévêtir seule, et la belle-fille me laisse batailler avec son corset, sans bouger…

            Je questionne ! Je scrute ! Mais ne trouve finalement rien ! Car bonne maman n’a que de simples instants d’égarement. Pour toujours, malheureusement ! La bru, qui n’en peut plus, en a déjà trop entendu ! Elle doit filer ! Une course urgente ! Elle m’abandonne ! Paiera après ! Me laisse la vieille en garantie !

            Elle viendra la chercher plus tard, lorsqu’elle aura déniché les dessous coquins, qui plaisent tant à son mari. Pendant ce temps, je prescris des couches-culottes, moins flatteuses, mais l’âge est moins raisonnable…

            Dans l’obscure palilalie de la grand-mère, je comprends qu’elle est sous tutelle. C’est son fils qui gère son porte-monnaie. Avec rigueur : l’an dernier, il lui a ouvert un compte épargne dans une grande surface. « Pour faire fructifier l’argent de ta retraite », lui a-t-il dit. C’est pratique car l'enseigne vend aussi des voyages. Ils ont pu tous partir aux Baléares en famille ! Mais elle est peinée, mamie… Car ils ne lui ont même pas envoyé une carte postale.

            Ça doit être beau les îles !

 
Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate
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