J e a n   C h r i s t o p h e   B a t a i l l e          C h r o n i q u e   s a t i r i q u e

 

 

 

 

Accaparé par l'écriture d'un nouvel ouvrage et la recherche d'un autre éditeur, je n'ai malheureusement plus le temps d'alimenter mon blog. Celui-ci va donc, à mon grand regret, se mettre au repos pour de longs mois.

Je tiens à remercier chaleureusement tous mes lecteurs de leur fidélité. Leurs commentaires ont considérablement enrichi mes écrits et j'ai pris beaucoup de plaisir à leur rendre visite.

Pour l'intégralité des facéties d'Hippocrate, début ici en lisant de bas en haut.

Mardi 18 juillet 2006
1. Le lever
 
Une voix neutre, posée, presque impersonnelle vient me titiller l’oreille … Mon réveil-radio … Je reconnais le ruisselet de mots qui me sort du coma tous les matins. C’est prononcé avec la distinction classieuse des journalistes de France Inter … Distillé comme du sirop, entre une chanson chiante de Benabar et une parlote de Jeanne Cherhal.
La déprime me submerge … Il faut aller trimer.
J’ai encore la colonne cervicale en compote ! Pour un médecin, c’est pas fort … Obligé de dormir sur le coté gauche ! Sinon, c’est insupportable. Une connerie de jeunesse … Un démarrage à moto au presque-vert … Et du boulot pour les chirurgiens qui m’ont réparé.
Sept heures pile ! On doit être des millions à subir la même chose … A devoir se lever ensemble …
Pour une fois, Radio France n’est pas en grève ! On est pourtant le 7 février 2006. Ça manifeste un peu partout contre Villepin et le contrat première embauche. Qu’est-ce qu’il lui a pris, pépère, de créer un contrat spécial jeune ? Ses prédécesseurs y ont tous laissé leur peau.
Il faut vraiment que je me lève … Et ce journaliste qui m’endort avec son discours formaté.
Je disparais sous le jet brûlant … Une cataracte de flotte me noie … Le savon fleure la marine … Je commence à me réveiller.
Costard de rigueur …  L’habit fait le moine. Un cadre qui affiche son costume veut souvent dire : « j’assure » … Et moi j’aime bien le porter. Il faudra que je m’interroge là-dessus. Je sors la voiture du garage et je file.
Je me gare à plus d’un kilomètre de mon cabinet, comme tous les jours, près d’un cimetière. Pas de parcmètre ici et marcher me détend. Je claque la portière et je me mets en route. Seuls les arbres immenses qui bordent le mur d’enceinte m’accompagnent dans le silence. J’aime ce coin de quiétude. La présence des morts ne m’effraie pas … bien au contraire. Elle fait disparaître toute agitation humaine, toute malfaisance. Ma voiture n’a jamais été massacrée à cet endroit, comme si les sépultures faisaient décamper les loubards.
Je poursuis mon chemin en déambulant dans les petites rues … Et j’arrive au cabinet.
Ma secrétaire m’attend avec le sourire, d’humeur toujours égale. Pourtant je sais qu’elle en supporte des avanies …
L’ordinateur est déjà en route. Il ronronne dans l’angle de mon bureau.
-  Votre première patiente est arrivée, Docteur.
Je maugrée. Je pensais avoir un petit délai de grâce. Dans quelques secondes, ça va commencer à geindre. Je ne suis pas d’humeur. Les gens sont excessifs lorsqu’ils se plaignent. Un malade ne soulage sa souffrance que s’il la fait subir à autrui. La famille en a déjà ras le bol ! Et le malade se venge sur moi. Avec perversion. Je subis sa plainte avec toutes les expressions de circonstance : le front crispé, les yeux plissés, la bouche déformée par le tourment. Ces lamentations me hantent à longueur de journées en prenant tous les visages, tous les accents.

Je me résous à rejoindre la salle d’attente … Affronter la maladie.

A suivre ...

par Jean Christophe Bataille publié dans : Les facéties d'Hippocrate
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Commentaires

heureusement tous les malades ne sont pas les mêmes...avec mon toubib, on est à l'aise ..en plus il travaille avec sa femme ..donc quand c est pas lui, c est son épouse ..qui elle est très pipelette, comme moi.  Ils travaillent sur rendez vous ..et dans la salle d'attente, on l'entend rigoler ..de son rire communicatif ...Lui est plus ours ..mais  il est bien ...


courage cher docteur ...
commentaire n° : 1 posté par : marithé (site web) le: 20/07/2006 22:25:46
a docteur vous soignez tout les mauxs de notre monde !!
gloire vous soit rendus
j adore le ton de tes articles !!
au plaisir je pense que je repasserai souvent par ici .

et comme je suis sur qu un ou deux cretins vont crier au racisme pas sur cette article ci mais sur d autre
je te citerais (meme si elle est tres connus)
"quand le sage montre la lune les imbecile regarde son doigt "
commentaire n° : 2 posté par : tyler (site web) le: 27/07/2006 02:46:45
Cela me rappelle "La Maladie de Sachs", livre très particulier et dont il m'a fallu attendre les 50 dernières pages pour en apprécier le contenu.
Déverser son fiel sur son entourage n'aide pas à guérir plus vite. Juste à pourrir la vie des autres par pure jalousie de leur santé en leur gâchant leur bien-être. Ah la bêtise humaine...

Quel courage d'affronter ça chaque jour !
commentaire n° : 3 posté par : Sister of Night (site web) le: 27/08/2006 11:28:03
Ma mère est comme ça... je plains son médecin traitant... lol (je vais essayer de tout rattraper en lecture)
commentaire n° : 4 posté par : Sith (site web) le: 28/08/2006 15:40:06
Ayant eu connaissance de ton blog qu'il n'y a peu de temps, je le reprends depuis le début. Je vais y aller par étape pour ne pas m'étrangler de rire...
Bon dimanche
commentaire n° : 5 posté par : Martine de Brest (site web) le: 03/09/2006 14:50:32
et bien j'ai du boulot 15 épisodes en retard aller je suis partie, je plonge dans la lecture....
commentaire n° : 6 posté par : mel (site web) le: 05/09/2006 14:54:22
Eh bien, de quoi me détourner des cartons à préparer pour le déménagement !! Pas bien ça.
commentaire n° : 7 posté par : Andy (site web) le: 07/09/2006 11:30:01
Après cette sollicitation me voila donc, ce premier épisode me plaît bien, je vais donc continuer ce petit "feuilleton"
commentaire n° : 8 posté par : Fabienous (site web) le: 22/09/2006 17:02:46
Suite à votre commentaire sur le blog de Ron je crois, moi aussi je sens que je vais rattraper mon retard de lecture que j'ai de votre oeuvre :).

Pour le dos, vous avez déjà essayer le yoga? Pour moi, c'est très efficace, pas fatiguant du tout, je ne vais plus voir l'ostéopathe et plus de lumbago.
Si vous tombez sur un bon prof, il/elle pourrait surment vous aider (je sais pas ce que vous avez eu comme accident spécifique, mais cela ne peut qu'aller mieux). A vous de voir!
commentaire n° : 9 posté par : Geo le: 07/10/2006 01:49:58
depuis quelques temps..je vois des commentaires de toi..et me voilà sur ce blog..que je reprendrai patiemment, en prenant mon temps..et là...je dis...pas d'accord!!!: "Un malade ne soulage sa souffrance que s’il la fait subir à autrui"..pas d'accord!! sur cette phrase..combien de patients ne déballent pas leur souffrance car elle reste au fond d'eux même ..sans pouvoir sortir...quitte à préférer en mourir!?
commentaire n° : 10 posté par : mahina le: 06/11/2006 13:17:59
Bonjour!
Je commence la lecture et ça commence bien!
j'aime la présentation du personnage , son quotidien, l'ambiance, les détails...
à suivre...
sophia
commentaire n° : 11 posté par : sofu (site web) le: 30/11/2006 17:59:23
Un pamphlétiste ? Un pamphlétaire ?!? Un pamphléteur ?

Sale engeance en tous les cas, alors voilà :

"La rage...
... de dents ! Pas un dentiste qui répond... Je vais finir saoul pour calmer la douleur. Les anti-douleurs n'ont généralement aucun effet sur moi et là, c'est encore une fois le cas. J'comprends mieux comment parfois la misère peut mener à l'alcoolisme : pour anesthésier la douleur. Fichtre diantre, là, j'ai de la chance, c'est juste que cela se manifeste un W-E.

Finalement, j'ai fini par trouver un dentiste !?! Le pauvre, j'ai du l'assassiner avec mon haleine ! Et plus d'une fois... Celui-ci m'a fait cet aveu que la profession médicale connaissait un taux de suicide fort méconnu du grand public. Cela m'a laissé l'impression d'une plaie honteuse cachée du grand public. Pour le grand public, la profession médicale se résume souvent à un statut social confortable. Dans la réalité, c'est de longues années d'études coûteuse, des études ruineuses tant matériellement qu'affectivement. L'étudiant de médecine croûle sous les cours qui, mis à part la valeur d'une certaine culture générale, ne sont là qu'en vertu d'un pseudo mécanisme de sélection naturelle. La fin des études est loin d'être la fin de ce darwinisme car le médecin fraîchement (é)moulu croûle sous les crédits d'installation ruineux et l'affluence d'une clientèle qui varie entre l'absence et la surabondance. La profession médicale est loin d'être confortable pour beaucoup de professionnel car elle met du temps avant de le devenir. Dans la profession, les meilleurs années de la vie étouffe souvent dans l'austracisme et lorsque les jours de vache grasse arrive, le goût de vivre, l'appétit et la soif de vivre bridés par moultes années d'austracisme peinent à s'épanouir. La profession médicale, c'est le corps, le corps dans toute sa vulnérabilité, sa mortalité. D'emblée, la profession médicale ne peut être que dans une vision austère de la vie, là même où la vie commence... par le corps : des corps qui défilent, suppurant de vulnérabilité, béant la déchéance mortelle du corps avec une intensité variable. Le corps médical, au propre comme au figuré, est dépoétisé, sans histoire, sans trame narrative. Le corps médical n'a pas droit à une histoire, c'est une objet défectueux soumis à la loi du silence de la protection de la vie privée.

"Comme le flot grossi par la fonte
D'un glacier grondant,
Lorsque l'eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de bohème,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D'étoiles mon coeur."

Je ne suis pas amoureux de mon dentiste !?! Je me demande juste si la médecine dentaire, à force de mettre le nez de ceux qui l'exerce dans la bouches de leurs patients, laisse au regard de ceux-ci la possibilité de s'habiller encore de quelques vers d'un Baudelaire ou si elle ne laisse finalement à leur regard qu'un goût d'amertume, amertume cauchemardesque d'haleine fétide, de métal froid, d'abscès suppurant, de peur et d'angoisse dans le regard de l'autre, bref, l'image d'un bourreau à tête de fraise, aussi ricanant que ses fraises, le dos scoliosé de répéter chaque jour le tortillement de ce petit théâtre aseptisé où nul émotion palpite, juste une chaire juteuse, jutant sa perfectibilité.

La médecine n'a de cesse de se soucier du bien-être physique de ses patients, mais le cursus médical ne se soucie guère du bien-être mental des professionnels qu'elle forme. Les cursus médicaux me laisse l'impression d'un darwinisme de candides petits envieux du statut confortable de la profession médicale au regard du grand public. Et comme pour se venger de ce théâtre quotidien d'un corps exhibitioniste, en perpétuel exhibition des petites horreurs de sa vulnérabilité, son enseignement vire au masochisme. Je me rappelle d'un cours de philosophie donné en faculté de médecine, un des rares cours de philosophie qui s'était donné la peine de s'adapter à son public. L'un de ses points d'adaptations les plus significatif était la distinction du corps objet... (de savoir médical) et du corps propre (du patient, le corps vécu par le patient). Le patient, toujours le patient, le pâtir, la douleur et la souffrance du patient face à laquelle le corps médical joue le rôle anesthésié d'un corps objet. Du corps médical, ce sont les anesthésistes qui se ratent le moins. Le corps médical est un bourreau de travail, un travail qui ampute à la froideur du métal son corps propre de toute émotion, toute histoire. Il n'y a pas de place pour une histoire dans le corps médical, c'est un instrument, une prothèse des autres corps, du cortège de misères du corps où il n'y a bien souvent pas le temps de vivre son histoire alors il y met fin.

L'affectivité du corps médical baigne dans la caricature du raffinement, mais c'est qu'il ne supporte plus l'émotion qu'à petite dose, raffinées en petites doses pour reprendre petit à petit goût à la vie. Le corps médical est friand de plats et de mets raffinés pour compenser le poids de misères matériels que doit porter chaque jour son regard. Curieusement, il n'est fait aucune place à l'apprentissage de cette forme de bien être dans l'enseignement de la profession médicale qui préfère étouffer ses aspirants sous le poids de matières qui ne feront que davantage l'enfermer dans le savoir d'un corps objet.

Bref, ce n'est pas demain la veille que la noirceur d'un Céline s'enseignera en faculté de médecine, que le corps médical aura le droit d'exprimer le marasme de son cortège quotidien de petites et grandes misères de la chaire. Le corps médical est en croix, crucifié... La profession médicale est comme bouffée de l'intérieur par son image de sauveur christique..."
commentaire n° : 12 posté par : Emile Tusmal (site web) le: 13/12/2006 04:12:53
Tout cela tient de la veine d'un Céline. Au diable, l'idée de plagiat ! Certaines idées sont à répéter et répéter comme une pièce de théâtre pour en affiner la mise en scène. Voilà donc encore de la matière : Patrick Declerck "Les naufragés"

http://passouline.blog.lemonde.fr/livres/2005/10/un_pamphlet_imp.html
commentaire n° : 13 posté par : Emile Tusmal (site web) le: 13/12/2006 04:15:47
ça me rappel mon boulot de dépanneur :-(
poutant je gagnais pas mal !
commentaire n° : 14 posté par : un chouka le: 26/12/2006 13:53:10
Je relis toujours avec grand plaisir tous tes billets, il y en a que je préfère parmi d'autres, ceux sur les enseignants ou sur les hopitaux... Ceux de ton premier livre en particulier ou ton talent littéraire excelle. Je me demande quel est ton secret pour tout mener à bien, la salle d'attente et les malades, l'écrit, la politique, la famille... Moi, quelquefois j'aurai envie de l'écrire la salle d'attente mais côté vu par le malade... Je suis mercredi sur Paris chez mon éditeur, je vais lui en causer un mot :)

Je t'embrasse Jean Christophe et Bravo pour ton talent!
commentaire n° : 15 posté par : claude (site web) le: 23/04/2007 11:31:37

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