Les facéties d'Hippocrate

 

 


Ce texte est une fiction. Toute ressemblance avec des personnages existants ne peut être que fortuite.

 

 

Pour l'intégralité des facéties d'Hippocrate,

début ici en lisant de bas en haut.

 


Dimanche 22 juillet 2007

 

 

 

 

 






L'adolescence
 
Ils sont deux, les suivants : la mère et le fils. L’une cultive le look bourgeois avec collier de perle, foulard Hermes et tailleur gris, et l’autre fait tout pour la faire chier : il porte un jean large, sans forme, qui descend bien au-dessous du slip, un tee-shirt crado noir sur lequel est inscrit « Fuck you » en lettres gothiques. Ses cheveux orange sont hirsutes … Ils se dressent sur sa tête d’adolescent en crise … Un tatouage orne son épaule ... Des piercings mutilent sa lèvre, son nez, ses oreilles … Elle ne sait plus que faire, la rombière. Son rejeton ressemble à un épouvantail en rouge et noir … Mais il ne fait pas peur qu’aux moineaux … Les voisins se sont déjà plaints … Ils ont appelé les flics, imaginé un rôdeur, reniflé un dealer. Et ils ne se sont pas trop trompés ! Il fume du shit toute la journée, le dégénéré … Et s’embrume le cerveau jusqu’à perdre toute lucidité.
« C’est l’argent de poche », me dit-elle. « Il en a trop ! Il en profite pour acheter des saletés ! »
Elle aimerait le cacher, son mouflet … Un an ou deux … Pas plus … Le temps qu’il retrouve ses esprits, qu’il récupère une apparence normale. Le problème, c’est qu’elle ne peut plus le dissimuler … Elle est obligée de le montrer au docteur : sa cheville ressemble à une aubergine !
Elle a pensé que je saurais comprendre ! Bien-sûr ! …
Je me penche sur l’articulation de la tête à claque :
- Tu as fait ça comment ?
- Heu ...
- Il y a eu un choc ?
- Heu …
- C'est arrivé quand ?
- Heu ...
La mère intervient.
- Je crois qu’il est tombé …
Elle n’est pas certaine … Parce qu’en plus il ment comme il respire.
Il l’observe de biais, méfiant, vindicatif ... Et elle le regarde avec une tendresse incompréhensible …
Je renonce à sortir le môme de sa crise de mutisme et me prononce :
- Ça ressemble à une grosse entorse.
Je mobilise un peu son pied … Il s’énerve, me repousse, me défie ! Une vraie teigne ! Je lui prescris des anti-inflammatoires et je précise :
- C'est pas des bonbons !
On ne sait jamais … Il a l’air d’aimer aussi les comprimés, l’héritier …
J’ose à peine le confier à un kiné. Il va craquer, le paramédical ! Quand il va voir ce lémure …
J’opte pour une contention simple.
La mère se tourne vers son descendant :
- Ça va aller mon chéri ?
L’autre manque s’étouffer … L’appeler mon chéri ! Comme ça ! En public !
Qu’est-ce qu’elle peut en attendre de son morveux ?
Un type m’a dit un jour : si vos enfants font pour leurs gosses autant que ce que vous avez fait pour eux, c’est déjà bien.
Avec l’affreux que j’ai en face de moi, c’est pas gagné …


Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate - Communauté : L'Avis des Eclectiques
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