Accaparé par l'écriture d'un nouvel ouvrage et la recherche d'un autre éditeur, je n'ai malheureusement plus le temps d'alimenter mon blog. Celui-ci va donc, à mon grand regret, se mettre au repos pour de longs mois.
Je tiens à remercier chaleureusement tous mes lecteurs de leur fidélité. Leurs commentaires ont considérablement enrichi mes
écrits et j'ai pris beaucoup de plaisir à leur rendre visite.
Pour l'intégralité des facéties d'Hippocrate, début ici en lisant de bas en haut.
La phobie
Je le reconnais, le premier malade ! Un des chefs de mon ex-femme ! Elle est ingénieur, mon ancienne moitié … Et le cadre sup qui la chapeautait au début de sa carrière, est là, devant moi.
Un visage calme et serein, les cheveux coupés en brosse. On se serre la main chaleureusement. Il est venu manger à la maison, un soir. Un homme agréable, intelligent. On se tutoie.
- Qu'est-ce qui t’arrive ?
- Je ne sais pas. Une sensation bizarre le long de la cuisse gauche. Comme si je ne sentais plus rien.
Ça fait tilt de suite ! Une méralgie paresthésique. Je regarde la colonne lombaire, palpe la fosse iliaque. Le verdict est sans appel : c’est bien une compression du nerf cutané latéral. Ça se
passe à la partie inférieure gauche de son abdomen.
Mon fringuant malade s’inquiète un peu … Je lui explique : il faut impérativement libérer ce nerf par une injection dans le ventre, à la limite de l’aile iliaque gauche. Ça ne le rassure pas du
tout ! Il pâlit ! Il blêmit ! Se décompose même! Un phobique … Une peur bleue des injections ! Le genre de type qui boycotte les vaccins ! Qui fuit en courant devant une infirmière ! Il me
regarde, l’œil effrayé, sans rien oser me dire … Sauver la face à tout prix … Son honneur est en jeu … Surtout pas que ça se sache au boulot ! On rirait de lui !
Pourtant, jamais je ne dirai quoi que ce soit sur un malade en mentionnant son nom !Mais il doute …
Je fais mon travail comme si de rien n’était. Je rejoins ma table de préparation … Saisit une seringue … Et monte une aiguille de 11 cm. Il faut bien ça ! Je suis obligé de le lui avouer : le
nerf est difficile à atteindre ... Je l’observe du coin de l’œil … Entre la fierté et la frousse, va-t-il choisir ? … Il décide de suer à grosses gouttes !
Une rapide désinfection à l’eau iodée et je présente le pieu devant son abdomen ...
Je préviens :
- Ca va faire un peu mal !
En général quand ça va faire un peu mal, le médecin dit : « Vous n’allez rien sentir » ... Une sorte de négociation sur la douleur. Avec ce que je viens de dire, mon malade se met à redouter
quelque chose d’insupportable. Je m’en rends compte … Le drap de papier sur lequel il est allongé est totalement trempé. Alors j’estoque … J’enfonce … J’explore ... Le malade fixe ses yeux au
plafond, tel le Christ sur sa croix … Il sert les dents … Son regard s’éparpille … J’injecte … Il tient bon … Héroïque …
Je retire l’aiguille comme un torero qui vient de porter l’estocade.
Mon bonhomme respire enfin. J’applique une compresse imbibée. Son visage rassérène et se met à sourire béatement. C’est toujours un plaisir intense que de vaincre sa trouille. Il prend même un
air nonchalant, mon cadre sup.
« Bravo ! »
Je le pense sincèrement … Je lui adresse un regard pour le lui dire. C’est pas facile de surmonter sa panique. Il acquiesce des yeux … Il sait que je sais … Mais rien n’a été dévoilé, ni avoué …
L’honneur est sauf ! Fort de sa démonstration de courage, il va pouvoir continuer à tyranniser au boulot ! Dominer ses sujets ! Accabler ses subordonnés !
Il se rhabille … Je le raccompagne à l’accueil … Mais, avant de le quitter, je précise :
- La semaine prochaine, je te fais la deuxième ! Il faut en faire trois en tout pour que ce soit efficace ! Stéphanie, vous donnez un rendez-vous à monsieur … Lundi prochain !
Je sais que c’est pas bien, mais je ris sous cape … Perversion du métier …
Commentaires
Non finalement rien: je repasserai plus tard.
Très bon texte. Où sont les références de tes bouquins ?
(ceci dit, déformation professionnelle, il serre les dents ton client, il ne te les sert pas sur un plateau, pardon pardon JC).
en même temps ci c'est un cadre comme ceux que je vois à la défense tout les jours ! t'es pardonné ! gnak gnak gnak !
mais...restons ..humbles !
C'est marrant cette phobie des piqures ..Un de mes proches, c'est la prise de sang ..il en est malade et prêt à tomber dans les pommes ..et pourtant il ramasse des blessés ou des morts sur la route, des brûlés , des ..où la tête est partie ...
S'attendait-il à une seringue banale ? Je n'ai jamais compris.
Face au boureau, il ne reste que l'humilité.
Quand bien même, il s'agit d'un boureau assermenté !
Salaud ! M'aurez pas moi !
même pas peur des piqures ....
Salut Jean-Christophe, je me suis bien marrée.
(site web)
le: 20/07/2007 15:14:09 Mon blog est le suivant: http://segoleneroyal2012.over-blog.fr/
Et dès maintenant,abonnez vous en grands nombres à la Newsletter.
Venez nombreux voir ce blog malgré vos appartenance politique,il est ouvert à tout le monde,vous pouvez débattre dans les commentaires!!!
Merci de m'avoir ouvert les yeux !
Trackbacks
Aucun trackback pour cet article









Difficile de vaincre une phobie, ceci dit. Et ne te moque pas des traces d'humidité sur le papier! Il m'est arrivé de repartir de chez le dentiste avec les accoudoirs dans les mains...