Accaparé par l'écriture d'un nouvel ouvrage et la recherche d'un autre éditeur, je n'ai malheureusement plus le temps d'alimenter mon blog. Celui-ci va donc, à mon grand regret, se mettre au repos pour de longs mois.
Je tiens à remercier chaleureusement tous mes lecteurs de leur fidélité. Leurs commentaires ont considérablement enrichi mes
écrits et j'ai pris beaucoup de plaisir à leur rendre visite.
Pour l'intégralité des facéties d'Hippocrate, début ici en lisant de bas en haut.
L'adolescence
Ils sont deux, les suivants : la mère et le fils. L’une cultive le look bourgeois avec collier de perle, foulard Hermes et tailleur gris, et l’autre fait tout pour la faire chier : il porte un
jean large, sans forme, qui descend bien au-dessous du slip, un tee-shirt crado noir sur lequel est inscrit « Fuck you » en lettres gothiques. Ses cheveux orange sont hirsutes … Ils se dressent
sur sa tête d’adolescent en crise … Un tatouage orne son épaule ... Des piercings mutilent sa lèvre, son nez, ses oreilles … Elle ne sait plus que faire, la rombière. Son rejeton ressemble à un
épouvantail en rouge et noir … Mais il ne fait pas peur qu’aux moineaux … Les voisins se sont déjà plaints … Ils ont appelé les flics, imaginé un rôdeur, reniflé un dealer. Et ils ne se sont pas
trop trompés ! Il fume du shit toute la journée, le dégénéré … Et s’embrume le cerveau jusqu’à perdre toute lucidité.
« C’est l’argent de poche », me dit-elle. « Il en a trop ! Il en profite pour acheter des saletés ! »
Elle aimerait le cacher, son mouflet … Un an ou deux … Pas plus … Le temps qu’il retrouve ses esprits, qu’il récupère une apparence normale. Le problème, c’est qu’elle ne peut plus le dissimuler
… Elle est obligée de le montrer au docteur : sa cheville ressemble à une aubergine !
Elle a pensé que je saurais comprendre ! Bien-sûr ! …
Je me penche sur l’articulation de la tête à claque :
- Tu as fait ça comment ?
- Heu ...
- Il y a eu un choc ?
- Heu …
- C'est arrivé quand ?
- Heu ...
La mère intervient.
- Je crois qu’il est tombé …
Elle n’est pas certaine … Parce qu’en plus il ment comme il respire.
Il l’observe de biais, méfiant, vindicatif ... Et elle le regarde avec une tendresse incompréhensible …
Je renonce à sortir le môme de sa crise de mutisme et me prononce :
- Ça ressemble à une grosse entorse.
Je mobilise un peu son pied … Il s’énerve, me repousse, me défie ! Une vraie teigne ! Je lui prescris des anti-inflammatoires et je précise :
- C'est pas des bonbons !
On ne sait jamais … Il a l’air d’aimer aussi les comprimés, l’héritier …
J’ose à peine le confier à un kiné. Il va craquer, le paramédical ! Quand il va voir ce lémure …
J’opte pour une contention simple.
La mère se tourne vers son descendant :
- Ça va aller mon chéri ?
L’autre manque s’étouffer … L’appeler mon chéri ! Comme ça ! En public !
Qu’est-ce qu’elle peut en attendre de son morveux ?
Un type m’a dit un jour : si vos enfants font pour leurs gosses autant que ce que vous avez fait pour eux, c’est déjà bien.
Avec l’affreux que j’ai en face de moi, c’est pas gagné …
La phobie
Je le reconnais, le premier malade ! Un des chefs de mon ex-femme ! Elle est ingénieur, mon ancienne moitié … Et le cadre sup qui la chapeautait au début de sa carrière, est là, devant moi.
Un visage calme et serein, les cheveux coupés en brosse. On se serre la main chaleureusement. Il est venu manger à la maison, un soir. Un homme agréable, intelligent. On se tutoie.
- Qu'est-ce qui t’arrive ?
- Je ne sais pas. Une sensation bizarre le long de la cuisse gauche. Comme si je ne sentais plus rien.
Ça fait tilt de suite ! Une méralgie paresthésique. Je regarde la colonne lombaire, palpe la fosse iliaque. Le verdict est sans appel : c’est bien une compression du nerf cutané latéral. Ça se
passe à la partie inférieure gauche de son abdomen.
Mon fringuant malade s’inquiète un peu … Je lui explique : il faut impérativement libérer ce nerf par une injection dans le ventre, à la limite de l’aile iliaque gauche. Ça ne le rassure pas du
tout ! Il pâlit ! Il blêmit ! Se décompose même! Un phobique … Une peur bleue des injections ! Le genre de type qui boycotte les vaccins ! Qui fuit en courant devant une infirmière ! Il me
regarde, l’œil effrayé, sans rien oser me dire … Sauver la face à tout prix … Son honneur est en jeu … Surtout pas que ça se sache au boulot ! On rirait de lui !
Pourtant, jamais je ne dirai quoi que ce soit sur un malade en mentionnant son nom !Mais il doute …
Je fais mon travail comme si de rien n’était. Je rejoins ma table de préparation … Saisit une seringue … Et monte une aiguille de 11 cm. Il faut bien ça ! Je suis obligé de le lui avouer : le
nerf est difficile à atteindre ... Je l’observe du coin de l’œil … Entre la fierté et la frousse, va-t-il choisir ? … Il décide de suer à grosses gouttes !
Une rapide désinfection à l’eau iodée et je présente le pieu devant son abdomen ...
Je préviens :
- Ca va faire un peu mal !
En général quand ça va faire un peu mal, le médecin dit : « Vous n’allez rien sentir » ... Une sorte de négociation sur la douleur. Avec ce que je viens de dire, mon malade se met à redouter
quelque chose d’insupportable. Je m’en rends compte … Le drap de papier sur lequel il est allongé est totalement trempé. Alors j’estoque … J’enfonce … J’explore ... Le malade fixe ses yeux au
plafond, tel le Christ sur sa croix … Il sert les dents … Son regard s’éparpille … J’injecte … Il tient bon … Héroïque …
Je retire l’aiguille comme un torero qui vient de porter l’estocade.
Mon bonhomme respire enfin. J’applique une compresse imbibée. Son visage rassérène et se met à sourire béatement. C’est toujours un plaisir intense que de vaincre sa trouille. Il prend même un
air nonchalant, mon cadre sup.
« Bravo ! »
Je le pense sincèrement … Je lui adresse un regard pour le lui dire. C’est pas facile de surmonter sa panique. Il acquiesce des yeux … Il sait que je sais … Mais rien n’a été dévoilé, ni avoué …
L’honneur est sauf ! Fort de sa démonstration de courage, il va pouvoir continuer à tyranniser au boulot ! Dominer ses sujets ! Accabler ses subordonnés !
Il se rhabille … Je le raccompagne à l’accueil … Mais, avant de le quitter, je précise :
- La semaine prochaine, je te fais la deuxième ! Il faut en faire trois en tout pour que ce soit efficace ! Stéphanie, vous donnez un rendez-vous à monsieur … Lundi prochain !
Je sais que c’est pas bien, mais je ris sous cape … Perversion du métier …
La vieillesse
Aïe ! … Je l’ai reconnue, la mamie ! Malgré toute ma compassion, je ne sais pas si je vais supporter. Les ambulanciers l’ont déposée à la hâte, comme on largue un colis. Je lui hurle dans
l’oreille :
- Bonjour
Elle est sourde comme un pot.
- Hein ! ... Oui ! ... Bon-jour, me répond-elle, l'air dans le vague, la voix en friche.
Ses yeux s’égarent dans la salle d’attente … Me cherchent … Elle ne localise plus les gens à l’oreille, bonne maman … Il faut qu’elle aperçoive ! Et ça prend du temps ! Parce qu’avec ses grosses
lunettes à doubles foyers, elle voit pas bézef. Je l’encourage d’un ton enjoué, pour la motiver :
- Allez ! Je vous emmène !
C’est pas pour ça qu’elle se met à bouger ! Elle reste même collée à son siège, mémé ! Elle ne m’entend déjà plus ! Je commence à craindre qu’elle s’endorme !
Je la prends par l’épaule … L’agite un peu … Pas trop ! J’aimerais pas qu’elle me fasse un accident cérébral ! Qu’on dise que je l’ai un peu trop secouée ! Je m’égosille :
- On y va !
Je la soulève un peu, en agrippant son bras … On se dirige vers mon bureau, elle en boitant, moi en ahanant.
A peine assise, c’est un tsunami de paroles … A haute voix … Une litanie sans queue ni tête… Normal, elle ne s’entend pas. Elle me fixe de ses yeux impotents … Pour vérifier que mon regard se
tourne bien vers elle … Que je l’écoute attentivement … Elle serait plutôt émouvante … Je m’époumone :
- Vous avez mis votre appareil ?
On doit m’entendre de la rue.
- Comment ? ... Ah ... Oui ! Je l'ai, constate-t-elle ...
Elle a la tête ailleurs ... Poursuit sa logorrhée … M’énonce la liste de ses dols … Fustige la vie … Espère la mort.
Elle interrompt son radotage au bout d’un quart d’heure … Seule ! Moi, je n’y suis pas arrivé. Elle prend un air attentif, et elle me demande d’une voix forte et chevrotante :
- Il faut que je me deshabille ?
Je braille :
-Oui !
Elle tente de s’extraire du siège … Je cours l’aider car elle n’y parvient pas … Parce qu’elle est obèse en plus … Elle passe son temps à bouffer ! Normal, elle ne peut même pas regarder la télé
! Ou alors sans le son et sans les images ! Alors elle se goinfre …
Un strip-tease pareil, ça vaut le coup ! Elle fait durer le plaisir, la grand-mère ! Elle se déloque comme au Lido … Deux bonnes heures ! … La danse et le string en moins.
- J'enlève les bas aussi ?
Je hurle :
- Non ! Pas la peine !
Elle met des porte-jarretelles … Sous la combinaison, comme antan. Les collants, elle aime pas … Trop pratique !
Les anciens, c’est terrible parce que comme il leur reste peu de temps à vivre, tu te demandes toujours si ça vaut le coup de s’acharner … Les soulager, oui ! C’est humain ! Mais préparer leur
santé pour un avenir que tu imagines pas rose … Souvent, tu t’interroges …
Je l’examine comme obligé … Je palpe les blessures de son corps … Il est à bout de souffle ! Je mobilise pour soulager … Je tâte pour apaiser … Je touche pour rassurer. Mais je ne peux pas
grand-chose … Même pas promettre … Ce serait mentir …
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Le cul
Un nouveau coup d’œil à la salle d’attente : la soubrette ! Un vrai moment de détente ! Elle travaille dans l’hôtel d’à
coté. Je l’ai vue plusieurs fois pour des douleurs lombaires. Il faut dire qu’elle marne toute la journée. Elle se penche sans se soucier de ses vertèbres en pliant les couettes. Elle en profite
pour exhiber son joli cul … Pourtant, quand elle intervient, le client est déjà parti ! C’est dommage ! Il ne sait pas ce qu’il rate, le client ! Moi, je le sais parce qu’elle est sacrément bien
roulée. Ce qu’elle aime, c’est se montrer en string. Ça a l’air de l’amuser de mettre les mâles en émoi. Plusieurs fois déjà, elle m’a balancé une œillade coquine alors que je l’examinais. Son
petit minois est agréable et moi je n’ai rien contre les amours ancillaires. Pourtant, je me méfie toujours ... La consultation est un colloque singulier, sans témoin … Secret. Je n’aime pas
mélanger le cul avec mon métier. D’abord on peut se tromper … Confondre désir et complicité, amour et reconnaissance. Ensuite, il y a le lieu … même si c’est un fantasme pour certains, ce n’est
pas le bon endroit.
Pourtant ma camérière se fait frôleuse quand je viens la chercher. Elle est venue avec son mari … « Non tu ne viens pas ! Je préfère être seul avec le docteur … ». Le bourriquet s’exécute,
résigné. Elle me suit, pénètre dans mon bureau et se déloque immédiatement, comme s’il n’y avait pas de temps à perdre ...
Je questionne pour calmer le jeu : « Que vous arrive-t-il ? ». Elle me laisse entendre qu’elle souffre … un peu … pas trop … Tout en dévoilant la ficelle qui lui sert de culotte.
« Tournez-vous » … Qu’ai-je dit ! Je suis assis sur mon tabouret et la chambrière vient coller la raie de ses fesses contre mon futal. Je halète un peu, palpite, tente de reprendre mes esprits …
Ma main se pose sur son épaule gauche et engage un mouvement de rotation qui découvre son torse. Je scrute le rachis … Mais je ne vois que sa poitrine, ferme, opulente, désirable. Elle en profite
pour me fouetter le visage avec ses longs cheveux bruns. Une invitation … Elle se marre. Je tente de garder mon calme. La fille se penche en avant, sous mon ordre. J’examine sa colonne
vertébrale, objet de la consultation. J’évite de mater ses fesses … Je pense au mari qui poireaute comme un con dans la salle d’attente. Elle se fait plus pressante ! Me ventouse ! Me quête ! Je
la repousse … J’évite … Un rancard à l’extérieur peut-être … Mais au cabinet, c’est trop périlleux ... J’écourte. Le mari doit trouver le temps long … Pas du tout ! … Elle me rassure … Ce soir,
elle va tout lui raconter dans le détail ! Ça l’excite, son homme, qu’elle me cherche … Ils vont se faire une soirée ! Une sorte de partouze en différé ! Décidément, je ne comprends rien. Lui,
c’est la jalousie qui le fait triquer.
Je la laisse aller, seule … Rejoindre son mec …
Drôle de couple …








