Les facéties d'Hippocrate

 

 


Ce texte est une fiction. Toute ressemblance avec des personnages existants ne peut être que fortuite.

 

 

Pour l'intégralité des facéties d'Hippocrate,

début ici en lisant de bas en haut.

 


Lundi 25 juin 2007
 
 

 

 
 

 
 

 

Le clergé
 
Une soutane ! Un grand costaud au nez busqué et au menton volontaire. La paroisse d’à côté … Malgré l’arrivée de Ratzinger, il y a encore quelques cathos …
On s’en sert cinq. Lui, c’est quatre, l’annulaire est replié. Je l’ai déjà vu en consultation et il me fait le coup à chaque fois. Un signe de reconnaissance peut-être … Un grade dans une confrérie ? Il dit qu’il en est et combien il est puissant ! Il y a tellement de groupes sous-terrains qui se malaxent bizarrement les mains que je m’y perds. Mais je respecte ! Chacun son identité, affichée ou non. Personnellement, je n’ai pas cette propension à socialiser à outrance, que soit à découvert ou en secret. J’ai toujours été solitaire et frondeur … Un chien royal comme Aristippe, le disciple dissident de Socrate. Je ne fais pas partie des gens bien-pensants. Le conformisme est pour moi une tartufferie … Je préfère être un voyou de la pensée. Mon curé ne me donnera pas l’absolution … De toute façon, il a d’autres chats à fouetter ! Il en veut encore à Raffarin … Effacer du calendrier un jour saint ! Il n’aura pas droit au paradis, l’ex Premier ministre ! Dieu le bannira pour cette vilenie !
Pourtant Raffarin, avec son dos courbé, son nez qui lui permet de fumer sous la douche, je lui trouvais un air de parenté avec Mazarin … qui fut lui aussi Premier ministre en son temps. Leur obstination, leur résistance à toutes les cabales les rapprochent. Le soutien sans faille de la régente Anne d’Autriche n’est pas loin de la fidélité qu’a manifesté Chirac pour son protégé.
Le prêtre ne veut pas le voir dans son église, le cardinal Raffarin ! La Pentecôte, c’est sacré !
Toujours surprenant de voir ce qu’il y a sous une soutane … Un corps normal, rien de plus. L’uniforme déshumanise, dépersonnalise.
Allongé comme ça, sans son habit, on ne sait pas ce qu’il est … Tout devient futile quand on est malade et à poil. Je ne vois qu’une chose : il a les genoux complètement bouffés … A force de s’agenouiller devant son autel …
Je me suis toujours dit : « Ni Dieu ni maître » … Et mes rotules sont impeccables …

 
 

Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate - Communauté : L'Avis des Eclectiques
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Lundi 18 juin 2007

 
 
 

 

 

 
 
 
 
Les impôts

Je fais apparaître la fiche de ma malade sur l’écran … Profession : « fonctionnaire ». Elle est petite … Un embonpoint musclé … Les cheveux courts, avec une frange … Je me marre intérieurement … Neuf chances sur dix pour qu’elle bosse chez les poulets … ou au fisc … Les métiers les plus mal compris … Les mal-aimés ! En général, ils se planquent comme ça : « fonctionnaire » … Pourtant moi, j’ai rien contre les flics … Leur travail est déjà suffisamment ingrat …
Finalement, elle œuvre dans la collecte, ma malade … Elle est venue de Clermont-Ferrand, sa ville natale. Depuis, elle traque le fraudeur … Scrute les comptes … Soupèse les patrimoines. Elle n’a pas honte ! Mais elle a peur d’être mal soignée ... Elle redoute de payer pour la torture qu’elle inflige au contribuable !
Je la rassure par un sourire. L’impôt ne m’irrite pas. Ce sont les élus qui m’agacent. Heureusement, depuis quelques années, ils payent enfin leur dîme … Histoire de dilapider notre écot avec un peu moins de négligence.
Elle souffre d’une fracture de côte … Un redevable irascible ! Il déclarait une bricole pour l’année ! Et il vivait comme un pacha ! Alors elle a guetté ses poubelles ! Ecouté les calomnies ! Computé ses clients ! Tanné ses fournisseurs ! Epluché ses écritures !
Bingo ! Il déclarait une aumône ! Alors qu’il était pété de tunes ! Un vrai biseauteur ! Un pipeur ! Le roi de la comédie !
Malheureusement, c’était un sanguin, le contrôlé ! Un atrabilaire ! Il a vu rouge ! Lui a mis une rouste ! Une vraie branlée ! … Et depuis les flics l’ont collé en cage … Mais du coup, elle a du mal à respirer, ma mercenaire de la maltôte ! Elle hoquette ! … Il a eu l’avoine percutante, le fraudeur …
Je tente un coup de stéthoscope sur le poitrail … Le soufflet droit est atteint : un pneumothorax ! … Elle manque d’air, la ponctionnaire ! Il faut dire qu’elle n’en avait pas laissé beaucoup à son loustic … Alors, il a décidé de lui rendre son compte … Et pour le coup, il a été généreux avec le fisc …
 
  

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Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate - Communauté : L'Avis des Eclectiques
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Samedi 9 juin 2007

 
 

 
 

 
  
 
  
 
A observer les coups de menton puis les ronds de jambes de Georges W Bush et de Vladimir Poutine, j'ai envie croire aux mots d'Alain dans Propos : "Le courage nourrit les guerres, mais c'est la peur qui les fait naître". Si on estime que les deux protagonistes de cette pantalonnade nucléaire nourrissent une même crainte pour la sécurité de leur pays, qu'en est-il de Mahmoud Ahmadinejad ? Quel dessein anime sa volonté de doter l'Iran de la technologie nucléaire ?
 
C'est la question du jour.
 
 

Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : La question du jour
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Jeudi 7 juin 2007

 
 
 

 

 

 
 
 
Tutelle et curatelle

Ma dernière malade de la matinée semble complètement désorientée. Elle se dirige vers le placard à balais, et ignore la porte de mon bureau. Sa belle-fille m’affranchit à bout portant : Alzheimer ! La mamie s’oublie au lit ! La maison remugle ! On suppute une infection !
Examiner grand-mère, c’est compliqué. Elle est incapable de se dévêtir seule, et la belle-fille me laisse batailler avec son corset, sans bouger …
Je questionne ! Je scrute ! Mais ne trouve finalement rien ! Car bonne maman n’a que de simples instants d’égarement … Pour toujours, malheureusement.
La bru, qui n’en peut plus, en a déjà trop entendu ! Elle doit filer ! Une course urgente ! Elle m’abandonne ! Paiera après ! Me laisse la vieille en garantie !
Elle viendra la chercher plus tard, lorsqu’elle aura déniché les dessous coquins, qui plaisent tant à son mari. Pendant ce temps, je prescris des couches-culottes, moins flatteuses, mais l’âge est moins raisonnable …
Dans l’obscure palilalie de la grand-mère, je comprends qu’elle est sous tutelle. C’est son fils qui gère son porte-monnaie. Avec rigueur : l’an dernier, il lui a ouvert un compte épargne Carrefour. « Pour faire fructifier l’argent de ta retraite » lui a-t-il dit. C’est pratique car la grande surface vend aussi des voyages. Ils ont pu tous partir aux Baléares en famille ! Mais elle est peinée, mamie … Car ils ne lui ont même pas envoyé une carte postale ...
Ça doit être beau les îles ...

 
 

Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate
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Samedi 2 juin 2007







L'anathème contre les gens qui réussissent (les riches), arme absolue des leaders de gauche et de leurs coreligionnaires, m'a toujours fait sourire. Si on s'amuse beaucoup du patrimoine des Hollande et de la sous-évaluation manifeste de leur maison de Mougins sur leur déclaration ISF, il est encore plus savoureux de s'intéresser à la vie d'Olivier Besancenot sur laquelle les médias sont étonnamment discrets :

- Comment a-t-il progressé aussi vite dans la hiérarchie de la LCR, jusqu'à en devenir le porte-parole et candidat à la Présidentielle ?
Olivier Besancenot a eu pour compagne la propre fille d'Alain Krivine, fondateur de la Ligue Communiste Révolutionnaire et encore le réel "patron" de ce parti ... Il a rompu il y a 3 ans mais est resté proche du beau-papa ... Olivier Besancenot est devenu en quelques années le porte-parole de ce parti grâce à l'action efficace du beau-père ... Chez les trotskystes, on pratique la solidarité, mais essentiellement envers la famille.
- Où Besancenot travaille-t-il réellement ?
A cette question, le candidat Besancenot parle de salaire de moins de 1200 euros à La Poste ... Bienheureux les croyants ! La réalité est un peu différente, Besancenot n'étant à La Poste de Neuilly-sur-Seine que pour les photographes, c'est à dire, quasiment jamais. Il est surtout rémunéré par le parti. A titre d'exemple, il a touché très régulièrement une indemnité d'assistant parlementaire européen lorsqu'Alain Krivine était Député européen, dont le montant était très largement supérieur aux 5000 euros mensuels.
- Quel est son patrimoine ?
A cette question, Olivier Besancenot parle avec modestie d'un petit studio dans le 18ème, arrondissement populaire. Le journaliste avisé ira voir sur place ... Un appartement en réalité de bonne taille et dans le quartier du Sacré Coeur en plein Montmartre, le quartier le plus cher du 18ème, un des quartiers les plus recherchés des Bobos (Bourgeois bohèmes) parisiens. Bien évidemment, il en est propriétaire ... Un salaire à vie de postier n'y suffirait pas ...
- Comment expliquer ce black-out médiatique sur Besancenot ?
Olivier Besancenot a épousé Stéphanie Chevrier, une des principales éditrices de Paris, appartenant à la direction de Flammarion. Pour l'ancien facteur, elle a plusieurs avantages : c'est l'un des plus hauts salaires de l'édition mais c'est surtout une habituée des médias. Ancienne compagne du chanteur Yves Simon, elle a construit sa carrière sur les relations presse ... Dirigeant une armée d'attachées de presse, elle a certains moyens de pression et de rétribution, ce qui incite sans doute les journalistes à plus de modération dans les attaques ...
Tous ces faits sont strictement exacts et méritent, vous l'admettrez, d'être diffusés ... Puisque la presse française oublie de faire son travail ...
 

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Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Politique
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Jeudi 31 mai 2007

  
 
 
 
 

  
 
 
 
Pennac affirme que "dans un roman, il n'y a rien de plus vulgaire qu'une idée". C'est en cela qu'il s'est toujours distingué des intellectuels et des gardiens du temple. Voici un de ses mots :
 
                                                

anti_bug_fckIl y a pire que l’imprévu, ce sont les certitudes.


Daniel Pennac

 


 
Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Citations du jour
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Dimanche 27 mai 2007
 
  
  
  

 
 
 
 
  
Après Pierre-Gilles de Gennes, un aspect moins reluisant de la recherche française :

  
 
 
Mon malade suivant est un chercheur du CNRS. Une grosse tête un peu chauve … Des épaules grassouillettes.
Il sort du boulot généralement vers 15 heures … Parce qu’il ne faut pas exagérer non plus ! Aujourd’hui, il s’est tiré à midi … Il va chez le docteur.
Il est inquiet, le scientifique ! Une douleur pernicieuse lui mine la poitrine ! Le généraliste lui a déjà écouté le cœur … fait un électrocardiogramme … Il l’a finalement rassuré … Un peu de stress … Rien de plus !
Mais il redoute encore l’infarctus, le matou … Avec tout le travail qu’il fournit ! Au moins quatre heures par jour !
- Vous ne vous rendez pas compte, me dit-il. On est en pleine restructuration. Je vais peut-être être obligé de changer de service !
J’ironise :
- C'est vrai que c’est dur.
La précarité, c’est parfois insupportable ! Plus rien ne protège des aléas ! … Il bosse un peu toutefois, celui-là … A côté de mon pote Bertrand, il aurait presque une tête de courageux.
Je l’examine … L’ausculte … Le palpe … Il n’a effectivement rien de grave … De simples douleurs de paroi sur le thorax … Je le rassure … Son heure n’est pas encore venue !
« Ouf ! » commente-t-il. Il avait peur de claquer bêtement … Si près de la retraite à 55 ans … Après des années passées au service de la science.
C’est vrai que ça épuise, la recherche … Ça éreinte ! Ça esquinte ! Surtout quand on ne découvre rien …
 
 
 
 
 
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Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate
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Samedi 26 mai 2007

 
Prix Nobel de physique en 1991, Pierre-Gilles de Gennes était un chercheur français hors normes, un curieux infatiguable. Il a plaidé tout au long de sa carrière pour une réforme en profondeur de l'enseignement. Il expliquait qu'un "élément important de la formation à 15 ans consiste à travailler dans un garage pour y apprendre de la mécanique mais aussi les rapports humains". Aux enseignants, "très mal informés de la vie moderne", il conseillait de passer six mois ou un an en entreprise.

 
 
C'est l'inconnu qui m'attire. Quand je vois un écheveau bien enchevêtré, je me dis qu'il serait bien de trouver un fil conducteur.

Pierre-Gilles de Gennes
 
 
 

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Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Citations du jour
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Mercredi 23 mai 2007

 
 
 
 


 


 
 
 
 
Je me suis exprimé de nombreuses fois au travers des facéties sur les perversions du système social français et son coût exhorbitant pour l'économie, la croissance et l'emploi. Martin Hirsch a dit récemment son désaccord concernant la franchise sur les soins. J'avoue être partiellement de son avis. Tout d'abord parce qu'il y a un effet de seuil et qu'une fois la franchise dépassée, l'assuré peut à nouveau dépenser sans compter. Ensuite parce que les plus pauvres risquent de renoncer aux soins pour toute l'année en cours. Je reste persuadé que le système du montant de un euro par consultation non remboursable par les mutuelles créé par Xavier Bertrand sous Chirac est un bon dispositif, mais qu'il doit être corrigé. Premier défaut, son montant n'est-il pas trop faible pour les gens aisés ? Rien n'empêche en effet les assurés qui payent très cher une bonne mutuelle, d'avoir la tentation de la rentabiliser par une utilisation débridée du système de santé en ne dépensant que quelques euros. Deuxième anomalie, les bénéficiaires de la CMU ne sont pas soumis à ce montant non remboursable de un euro. Cette gratuité associée au tiers payant n'a-t-elle aussi pour effet la multiplication des consultations et des examens inutiles ? Le ticket modérateur non remboursable modulé en fonction des revenus, avec une somme plancher pour les plus démunis, ne doit-il pas être étendu à l'ensemble de la population ? Ne faut-il pas que chacun paye un peu pour sa santé ? Rendons les achats en grandes surfaces totalement gratuits, en tiers payant de surcroît, et nous verrons le gaspillage ... Sœur Emmanuelle, elle-même, avait imposé en Egypte que chaque personne bénéficiant des soins apporte au moins un petit quelque chose pour les justifier ...

 


 
Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : La question du jour
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Lundi 21 mai 2007
 
 
 

 
 
 
 
 
Un ancien épisode des facéties pour mes amis de l'éducation nationale.
 
 
L'enseignement.
 
 
- Bonjour !
Je serre la main. C’est important le contact.
Je fais d’emblée un grand sourire. Je tente un petit mot de plaisanterie. Ça détend l’atmosphère et évite un peu des jérémiades. Moins je suis sympathique, plus le malade se plaint. Normal, la souffrance, c’est subjectif. On peut avoir très mal sans souffrir et souffrir pour une bricole. C’est juste une question de vécu. L’angoisse décuple la douleur. Un rien fait tout capoter … Donc je souris.
Une nouvelle malade ! C’est toujours flatteur. C’est plus dur toutefois. Parce qu’il va falloir que je subisse le flot des premières doléances … celui d’une première rencontre … celui d’une plainte trop longtemps retenue. Je suis sensé libérer par l’écoute … Ecouter pour écouter.
Je ne me suis pas trompé … Une enseignante genre baba sur le retour … Un déluge de parole … Ça commence mal !
J’ai droit à tout ! Les profs, ils sont bons pour ça … Ils t’expliquent et ils répètent … Pour le cas où tu n’aurais pas vraiment tout pigé …
Je tente de stopper ma patiente en pleine diatribe … Ne pas me laisser déborder ! J’ai ma technique : je lui coupe la chique au détour d’une phrase par une question ! Une petite précision qui va la conforter dans l’idée que le moindre détail m’intéresse … et qu’elle m’a déjà tout dit de l’essentiel … Elle ralentit alors son raz-de-marée, pour préciser sa réponse … Un mot qui tombe … une pause … et j’ordonne : « Déshabillez-vous ! » C’est net, c’est sans appel ! il n’y a plus qu’à obéir.
Non ! Elle redémarre ! Elle veut m’en raconter ! Se trouver d’autres maux ! Partout ! Comment ça partout ? … Il doit pourtant bien y avoir un endroit indolore dans le corps de cette femme qui a la lourde tâche d’éduquer nos enfants. J’exige à nouveau :
« Déshabillez-vous ! »
La prof s’exécute. Un effeuillage triste comme les platanes d’un lycée au plein milieu de l’automne. Son corps est fadasse, molasse … Pas étonnant qu’elle ait mal partout avec une enveloppe pareille. L’âme blessée s’exprime par les viscères, la peau, les articulations, la libido.
Je me penche sur cet étalage déprimant. La tête de la fille exprime une inquiétude invraisemblable, illogique. J’ai compris d’emblée qu’elle n’avait pas grand-chose … si ce n’est du bleu au cœur.
Sa mutuelle, c’est la MGEN : la prise en charge complète des enseignants ! Indispensable ! Ils n’ont jamais quitté l’école ! N’ont jamais osé affronter la vie ! Claquemurés loin de la souillarde !
Comme ils sont déçus ! Les vicissitudes de l’extérieur pénètrent l’école désormais ! Ils en sont déboussolés ! Ce n’était pas prévu au programme, les morveux qui crachent, les trousse-pet qui dénigrent, les ados qui insultent et la racaille qui cogne …
Je ne suis jamais d’accord pour dire que les profs ne foutent rien. Civiliser ses propres enfants, c’est déjà dur. Se farcir une trentaine de ceux des autres, c’est la descente en enfer. Ils en bavent ! Se tapent la jeunesse ! Cette force en ébullition prête à tout casser, à tout renverser, à occire la génération de vieux cons qui l’a précédée. Les enseignants doivent se défendre en permanence, contre le bruit omniprésent, contre l’agitation sauvage, contre l’insolence d’une vie qui débute.
On comprend mieux pourquoi leur corps de prof se lézarde. Le mercredi, ils forment une cohorte de souffrance dans ma salle d’attente. Les yeux battus, les pieds tristes. Ils désignent leurs épaules, leur dos, leur tête … misérables.
Elle n’a pas fait grève ce matin. Malgré les consignes du SNES. Après avoir foiré l’éducation des mômes, elle ne veut pas avoir l’air de les laisser tomber. Alors, elle n’a pas eu d’autres solutions que de se faire porter pâle. Mais elle a gardé la tête haute ! La maladie, ce n’est pas honteux pour un pédagogue … C’est une marque de bravoure, une décoration ! Les gosses sont tellement difficiles …
 
 

 

Par Jean Christophe Bataille - Publié dans : Les facéties d'Hippocrate
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