Accaparé par l'écriture d'un nouvel ouvrage et la recherche d'un autre éditeur, je n'ai malheureusement plus le temps
d'alimenter mon blog. Celui-ci va donc, à mon grand regret, se mettre au repos pour de longs mois.
Je tiens à remercier chaleureusement tous mes lecteurs de leur fidélité. Leurs commentaires ont considérablement enrichi mes
écrits et j'ai pris beaucoup de plaisir à leur rendre visite.
Pour l'intégralité des facéties d'Hippocrate, début ici en lisant de bas en haut.
Le sexe n'a pas de coeur, il n'en fait qu'à sa tête.
Marc gendron
11. La fainéantise
Il est cassé en deux, celui-là ! Sa main droite désigne son dos … Il exhorte … Diagnostique un lumbago aigu ! Exige un remède radical … Au moins ! Il a un air de fouine … Le visage mince … Les yeux chafouins.
Je l’ai déjà vue plusieurs fois, cette mangouste. La dernière fois, j’ai jeté un coup d’œil par la fenêtre lorsqu’il est parti : il ne boitait plus … se tenait parfaitement droit … alors qu’il avait quitté le cabinet dans un état lamentable. Bizarre, comme le fait de descendre l’escalier de mon immeuble guérit certains types avant même qu’ils aient pris leur traitement.
A chaque fois, c’est un accident du travail … A croire qu’on ne se fait mal qu’au turbin ! Il va larmoyer, je le sens …
Aujourd’hui est un jour nouveau pour lui. Il est allé à la Sécu : ça ne peut plus durer … Je crains le pire !
Je l’examine rapidement … Je m’aperçois qu’il se fout de ma gueule … Un simulacre … Comme au théâtre … Comme à chaque fois …
Quand j’ai dit que la journée était pourrie … Faire le flic, ça me gave ! (J'en appelle à Marithé)
Il exige une mise en invalidité ! Un dossier COTOREP ! Pire, il veut aussi être mis en maladie professionnelle ! Martine Aubry a pondu une loi ! Il a un métier exposé ! Il en est sûr ! Il travaille à la mairie, il fait un peu de manutention parfois …
Je le regarde avec froideur, comme pour le dissuader de sa revendication d’aigrefin.
Comme la moitié des gens, il a mal au dos de temps en temps … Quand il ne simule pas ! Et maintenant, il demande, il exige, il ordonne ! Tous malades !
Tous malheureux …
A suivre ...
Il ne faut pas profiter de ses amis, ils sont déjà gentils de nous endurer.
Jean Claude Clari
10. Les impôts
Je fais apparaître la fiche de ma malade sur l’écran … Profession : « fonctionnaire ». Elle est petite … Un embonpoint musclé … Les cheveux courts, avec une frange … Je me marre intérieurement … Neuf chances sur dix pour qu’elle bosse chez les poulets … ou au fisc … Les métiers les plus mal compris … Les mal-aimés ! En général, ils se planquent comme ça : « fonctionnaire » … Pourtant moi, j’ai rien contre les flics … Leur travail est déjà suffisamment ingrat …
Finalement, elle œuvre dans la collecte, ma malade … Elle est venue de Clermont-Ferrand, sa ville natale. Depuis, elle traque le fraudeur … Scrute les comptes … Soupèse les patrimoines. Elle n’a pas honte … Mais elle a peur d’être mal soignée ! Elle redoute de payer pour la torture qu’elle inflige au contribuable !
Je la rassure par un sourire. L’impôt ne m’irrite pas. Ce sont les élus qui m’agacent. Heureusement, depuis quelques années, ils payent enfin leur dîme… Histoire de dilapider notre écot avec un peu moins de négligence.
Elle souffre d’une fracture de côte … Un redevable irascible ! Il déclarait une bricole pour l’année ! Et il vivait comme un pacha ! Alors elle a guetté ses poubelles ! Ecouté les calomnies ! Computé ses clients ! Tanné ses fournisseurs ! Epluché ses écritures !
Bingo ! Il déclarait une aumône ! Alors qu’il était pété de tunes ! Un vrai biseauteur ! Un pipeur ! Le roi de la comédie !
Malheureusement, c’était un sanguin, le contrôlé ! Un atrabilaire ! Il a vu rouge ! Lui a mis une rouste ! Une vraie branlée ! … Et depuis les flics l’ont collé en cage … Mais du coup, elle a du mal à respirer, ma mercenaire de la maltôte ! Elle hoquette ! … Il a eu l’avoine percutante, le fraudeur …
Je tente un coup de stéthoscope sur le poitrail … Le soufflet droit est atteint : un pneumothorax ! … Elle manque d’air, la ponctionnaire ! Il faut dire qu’elle n’en avait pas laissé beaucoup à son loustic … Alors, il a décidé de lui rendre son compte … Et pour le coup, il a été généreux avec le fisc …
A suivre ...
Il faut demander plus à l'impôt, moins au contribuable.
Alphonse Allais