Accaparé par l'écriture d'un nouvel ouvrage et la recherche d'un autre éditeur, je n'ai malheureusement plus le temps d'alimenter mon blog. Celui-ci va donc, à mon grand regret, se mettre au repos pour de longs mois.
Je tiens à remercier chaleureusement tous mes lecteurs de leur fidélité. Leurs commentaires ont considérablement enrichi mes
écrits et j'ai pris beaucoup de plaisir à leur rendre visite.
Pour l'intégralité des facéties d'Hippocrate, début ici en lisant de bas en haut.
Un ancien épisode des facéties pour mes amis de l'éducation nationale.
L'enseignement.
- Bonjour !
Je serre la main. C’est important le contact.
Je fais d’emblée un grand sourire. Je tente un petit mot de plaisanterie. Ça détend l’atmosphère et évite un peu des jérémiades. Moins je suis sympathique, plus le malade se plaint. Normal, la
souffrance, c’est subjectif. On peut avoir très mal sans souffrir et souffrir pour une bricole. C’est juste une question de vécu. L’angoisse décuple la douleur. Un rien fait tout capoter … Donc
je souris.
Une nouvelle malade ! C’est toujours flatteur. C’est plus dur toutefois. Parce qu’il va falloir que je subisse le flot des premières doléances … celui d’une première rencontre … celui d’une
plainte trop longtemps retenue. Je suis sensé libérer par l’écoute … Ecouter pour écouter.
Je ne me suis pas trompé … Une enseignante genre baba sur le retour … Un déluge de parole … Ça commence mal !
J’ai droit à tout ! Les profs, ils sont bons pour ça … Ils t’expliquent et ils répètent … Pour le cas où tu n’aurais pas vraiment tout pigé …
Je tente de stopper ma patiente en pleine diatribe … Ne pas me laisser déborder ! J’ai ma technique : je lui coupe la chique au détour d’une phrase par une question ! Une petite précision qui va
la conforter dans l’idée que le moindre détail m’intéresse … et qu’elle m’a déjà tout dit de l’essentiel … Elle ralentit alors son raz-de-marée, pour préciser sa réponse … Un mot qui tombe … une
pause … et j’ordonne : « Déshabillez-vous ! » C’est net, c’est sans appel ! il n’y a plus qu’à obéir.
Non ! Elle redémarre ! Elle veut m’en raconter ! Se trouver d’autres maux ! Partout ! Comment ça partout ? … Il doit pourtant bien y avoir un endroit indolore dans le corps de cette femme qui a
la lourde tâche d’éduquer nos enfants. J’exige à nouveau :
« Déshabillez-vous ! »
La prof s’exécute. Un effeuillage triste comme les platanes d’un lycée au plein milieu de l’automne. Son corps est fadasse, molasse … Pas étonnant qu’elle ait mal partout avec une enveloppe
pareille. L’âme blessée s’exprime par les viscères, la peau, les articulations, la libido.
Je me penche sur cet étalage déprimant. La tête de la fille exprime une inquiétude invraisemblable, illogique. J’ai compris d’emblée qu’elle n’avait pas grand-chose … si ce n’est du bleu au
cœur.
Sa mutuelle, c’est la MGEN : la prise en charge complète des enseignants ! Indispensable ! Ils n’ont jamais quitté l’école ! N’ont jamais osé affronter la vie ! Claquemurés loin de la souillarde
!
Comme ils sont déçus ! Les vicissitudes de l’extérieur pénètrent l’école désormais ! Ils en sont déboussolés ! Ce n’était pas prévu au programme, les morveux qui crachent, les trousse-pet qui
dénigrent, les ados qui insultent et la racaille qui cogne …
Je ne suis jamais d’accord pour dire que les profs ne foutent rien. Civiliser ses propres enfants, c’est déjà dur. Se farcir une trentaine de ceux des autres, c’est la descente en enfer. Ils en
bavent ! Se tapent la jeunesse ! Cette force en ébullition prête à tout casser, à tout renverser, à occire la génération de vieux cons qui l’a précédée. Les enseignants doivent se défendre en
permanence, contre le bruit omniprésent, contre l’agitation sauvage, contre l’insolence d’une vie qui débute.
On comprend mieux pourquoi leur corps de prof se lézarde. Le mercredi, ils forment une cohorte de souffrance dans ma salle d’attente. Les yeux battus, les pieds tristes. Ils désignent leurs
épaules, leur dos, leur tête … misérables.
Elle n’a pas fait grève ce matin. Malgré les consignes du SNES. Après avoir foiré l’éducation des mômes, elle ne veut pas avoir l’air de les laisser tomber. Alors, elle n’a pas eu d’autres
solutions que de se faire porter pâle. Mais elle a gardé la tête haute ! La maladie, ce n’est pas honteux pour un pédagogue … C’est une marque de bravoure, une décoration ! Les gosses sont
tellement difficiles …
Par ce billet, je voudrais dire mon admiration pour toutes les femmes et pour tous les hommes venus d'une autre culture, habitants les quartiers les plus difficiles,
issus de familles défavorisées, qui, par leur opiniâtreté et leur détermination, arrivent à réussir malgré les barrières sociales et les discriminations.
Un hommage particulier à Rachida Dati, née d'un père marocain travaillant comme maçon et d'une mère algérienne analphabète mais, comme l'a décrite sa fille, au positivisme forcené. Rachida Dati,
pur produit de la méritocratie, fera tout pour sortir de sa condition. Deuxième d'une famille de douze enfants, elle travaille dès l'âge de quatorze ans en faisant du porte à porte pour des
produits cosmétiques. A 16 ans, elle devient aide-soignante dans une clinique pour financer ses études. A cette époque, elle dévore le Who's who pour tout connaitre des gens qu'elle aimerait
rencontrer. Elle pousse ses études en faculté d'économie jusqu'à 21 ans. C'est à cet âge qu'elle parvient à se faire inviter à une réception de l'ambassade d'Algérie où est invité Albin
Chalandon, une grande figure du gaullisme. Elle aborde le patriarche qui, étonné par la volonté de la jeune femme, lui mettra le pied à l'étrier en lui trouvant un stage chez Elf. A l'occasion de
la remise de prix de la Fondation de la vocation, elle saisit l'opportunité de la présence de Jean Luc Lagardère et lui dit avec culot : "je rêve de travailler avec vous". C'est prononcé avec une
telle impériosité que le vieil industriel accepte et lui trouve une place d'auditeur chez Matra. Rapidement, l'entreprise Largardère qui l'a étiquetée fort potentiel, lui finance un MBA. Un an
plus tard, Rachida Dati quitte Matra pour la Lyonnaise des eaux et écrit un rapport pour Simone Veil sur la politique de la ville. A l'occasion d'une conversation, celle-ci lui conseille de
devenir magistrate, ce qu'elle fait immédiatement en intégrant l'Ecole Nationale de la Magistrature. Dès 2002, préoccupée par la situation dans les banlieues et pensant pouvoir apporter sa
connaissance des quartiers, elle fait le siège du bureau de Nicolas Sarkozy en lui écrivant de nombreuses lettres et en lui passant maints coups de téléphone. Le futur président de la République
est finalement séduit par la détermination de la jeune femme et l'appelle pour faire partie de son cabinet lorsqu'il arrive place Beauvau. Elle ne le quittera plus. Devenue proche du couple
présidentiel, elle avoue son admiration pour l'homme : « Je suis fascinée par le parcours de Nicolas Sarkozy. C’est quelqu’un à qui l’on n’a jamais rien donné. Il a tout eu à l’arraché, avec
succès. Il y a quelque chose chez lui qui fait écho chez moi : le refus de la fatalité, peut-être. J’ai un attachement pour lui au-delà de son engagement politique". Porte-parole de Nicolas
Sarkozy durant la campagne, elle a conseillé le candidat de l'UMP sur toutes les questions de jeunesse et d'immigration. Intelligente, lucide et avisée, elle vient d'être nommée ministre de la
justice.
Philippe Sollers cuisine les lettres avec un certain art en épiçant les mots. Mais qu'on le lise ou qu'on l'écoute, il touille une soupe bien indigeste.
Maoïste en soixante huit, opportuniste aujourd'hui, que dire de sa littérature ? Une bêtise joliment faite par un type qui fait référence à Nietzsche et à Spinoza tout en encensant
l'affameur du Grand Bond ...
Après avoir agité le spectre d'un règne sans partage du candidat de l'UMP en cas de victoire à l'élection présidentielle, les éléphants du parti socialiste fustigent
son ouverture à gauche et dénoncent la traîtrise des éventuels transfuges. La confusion et les contradictions minent décidemment le PS et le nouveau locataire de l'Elysée confirme son habileté
politique hors norme.
Jean Cocteau disait : "la mode, c'est ce qui se démode", Cette inconstance esthétique du paraitre est pour le moins étonnante. Ce que nous trouvons beau aujourd'hui était épouvantablement disgracieux hier. Oscar Wilde, encore plus sévère, affirmait : "la mode est une forme de laideur si intolérable qu'il faut en changer tous les six mois". Faut-il en conclure qu'il n'y a pas de véritable subjectivité esthétique et que la beauté n'est lié ni aux goûts singuliers, ni aux époques ? Probablement. Je crois pour ma part que seuls existent le bon et le mauvais goût. Pour citer la créatrice d'un parfum dont le succès ne s'est pas démenti depuis 1922 :
La mode se démode, le style jamais.
Coco Chanel.








